L’année 2025 aura été, pour la littérature congolaise, un souffle puissant et régénérant. Une année où les mots, portés par une génération d’auteurs audacieux, ont cessé d’être de simples encre et papier pour devenir des miroirs, des armes et des berceuses. La production littéraire en République Démocratique du Congo a vibré d’une énergie rare, mêlant avec brio mémoire collective, critique sociale aiguisée et quêtes identitaires les plus intimes. Cette effervescence artistique a offert aux lecteurs une palette d’émotions et de réflexions aussi vaste que le territoire congolais lui-même, affirmant avec force la vitalité des œuvres littéraires africaines.
Comment décrire cette renaissance sans évoquer la causticité brillante d’In Kole Jean Bofane ? Son roman, Nation cannibale, opère une plongée vertigineuse dans les liens historiques et spirituels entre la RDC et Haïti. Sa prose, à la fois cocasse et incisive, réinvente l’ancrage d’un peuple en interrogeant les fantômes du passé colonial et les promesses trahies. C’est une œuvre qui décuple le besoin de devenir collectif, oscillant entre libération et tourments dans un monde présenté comme à la fois rigide et frivole. Ce livre s’impose déjà comme une pierre angulaire de la littérature congolaise 2025.
Dans un registre tout aussi engagé, Le crépuscule des absolus de Tiguy Elebe frappe par son souffle militant. L’auteur s’y engage dans une quête profonde, presque archéologique, de la vérité et de la justice. À travers les conflits politiques et les mémoires blessées, son récit cogne aux portes de la conscience du lecteur, interrogeant sans relâche les identités africaines contemporaines. Ce roman fait partie de ces livres auteurs congolais qui refusent l’apathie et appellent à un examen de conscience collectif.
L’Histoire, avec sa grande hache, est également au cœur de L’équation avant la nuit de Blaise Ndala. L’écrivain révèle un pan méconnu de la Seconde Guerre mondiale en braquant les projecteurs sur l’uranium du Katanga, ce minerai fatal qui servit à fabriquer la bombe atomique. Ndala tisse un récit puissant où la bravoure des tirailleurs sénégalais rencontre la tragédie silencieuse d’une ressource pillée. Ce quatrième roman confirme son talent pour une critique littéraire RDC saluera sans doute comme une œuvre majeure, mêlant intrigue politique et profondeur humaine.
La scène théâtrale n’est pas en reste, portée par la pièce Clipping d’Israël Nzila. À la frontière du solfège et du drame, l’œuvre raconte les tourments d’une mère survivante, ballotée entre la perte d’un enfant et l’univers carcéral. Nzila joue magistralement avec la dualité réalité-imaginaire, créant une expérience sensorielle qui bouscule les conventions. Parallèlement, la voix poignante de N’anza Tata dans J’enverrai à Dieu tous les coupables rompt un silence assourdissant. En évoquant les massacres oubliés de Katekelayi et Luamuela en 1973, l’auteur transforme la mémoire en un acte d’accusation brûlant, un appel à la responsabilité qui résonne longtemps après la dernière page.
L’année 2025 a également été marquée par la consécration de jeunes talents. Bahari-Bora de Steve Aganze, lauréat du prix littéraire RDC de la Vocation, est une ode déchirante et un plaidoyer noble pour les femmes victimes des violences dans l’Est du pays. C’est une gifle littéraire contre l’horreur de la guerre, mais aussi un murmure d’espoir pour la paix. Enfin, le recueil de poèmes Falaises rouges de Mugisho Bashomba offre une respiration. Entre combat et espérance, le journaliste-poète y décrit avec une sensibilité aiguë les failles d’un monde en perdition, tout en laissant souffler un vent ténu de renaissance sur ses vers.
Ainsi, la littérature congolaise 2025 n’aura pas été un simple flux de publications, mais un véritable écosystème en ébullition. Des rives du fleuve Congo aux collines du Kivu, les auteurs ont su capter les murmures et les cris d’une nation complexe. Ils ont transformé le papier en champ de bataille, en terrain de jeu et en lieu de guérison. Cette année exceptionnelle laisse entrevoir un avenir où les œuvres littéraires africaines issues de la RDC continueront de dialoguer avec le monde, sans complexes, avec la force et la beauté qui leur sont désormais reconnues.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
