Le capitaine Anthony Mualushayi, porte-parole des opérations Ngemba dans la onzième région militaire, a été rappelé à Kinshasa par sa hiérarchie il y a une semaine. Ce rappel militaire intervient directement après sa dernière sortie médiatique fin décembre, où il avait fait des révélations fracassantes sur la milice Mobondo. L’annonce de ce retour forcé a immédiatement enflammé les réseaux sociaux, suscitant un tollé et des interrogations sur les véritables motivations derrière cette décision.
Lors de sa déclaration, le capitaine Mualushayi avait dénoncé avec force l’implication d’acteurs politiques dans le soutien et la direction de la milice Mobondo. Il avait également alerté sur le sens d’organisation structuré de ce groupe, que les Forces armées de la RDC (FARDC) considèrent désormais comme un groupe rebelle à part entière. Un détail troublant avait été mis en lumière : les miliciens seraient hiérarchisés et disposeraient de cartes de soldat, indiquant une logistique inquiétante. Le porte-parole avait aussi évoqué le renommage de plusieurs villages à Kwamouth par les combattants occupants, marquant leur emprise sur le territoire.
La nouvelle de son rappel a donc agi comme un détonateur. La communauté des victimes du plateau de Bateke est montée au créneau, accusant les autorités de vouloir étouffer les vérités révélées par l’armée sur le conflit. Pour eux, ce geste s’apparente à un plan silencieux pour enterrer des informations cruciales sur l’origine des violences. Comment expliquer un tel rappel au moment où les opérations Ngemba sont en plein effort pour stabiliser la zone ? Cette question résonne avec insistance parmi les observateurs.
La protestation a trouvé une voix puissante en la personne de Stany Libie, un des chefs coutumiers de Kwamouth. Dans une déclaration véhémente, il a fustigé toute tentative d’arrestation du porte-parole. « Nous disons non à toute tentative d’arrestation du capitaine Anthony Mualushayi. Nous sommes derrière l’armée, nous soutenons tout ce que l’armée fait pour la paix », a-t-il lancé. Il a poursuivi en demandant au Chef de l’État de soutenir les FARDC dans leur mission de rétablir la paix, soulignant que les militaires « sont en train de fournir des efforts pour mettre fin à cette rébellion montée de toutes pièces par des politiciens ».
Le chef Libie a poussé la critique plus loin, pointant du doigt une injustice flagrante. « Je pense que ce sont les commanditaires des Mobondo qui doivent être interpellés plutôt que celui qui dénonce. Je ne sais pas si nous sommes dans un pays de deux poids, deux mesures. Quelqu’un soutient le mal, et l’autre dénonce, on arrête celui qui dénonce », a-t-il ajouté. Ces paroles résument le sentiment d’incompréhension et de colère qui gagne une partie de la population face à ce rappel militaire. Pourquoi cibler le messager plutôt que les acteurs incriminés dans le rapport annoncé par l’armée elle-même ?
Les opérations Ngemba, menées dans la province du Mai-Ndombe, visent à neutraliser la menace Mobondo, responsable de nombreux massacres et déplacements de population. Les révélations du capitaine Mualushayi ont mis en lumière les racines politiques présumées de cette milice, ajoutant une couche de complexité à un conflit souvent présenté comme intercommunautaire. Son rappel soudain jette une ombre sur la transparence des autorités et pourrait affecter le moral des troupes engagées sur le terrain.
L’armée, par la voix du capitaine lors de sa dernière sortie, avait réaffirmé sa détermination à remplir loyalement sa mission de restaurer la paix. Elle avait insisté sur le caractère rebelle et organisé des Mobondo. Cependant, le silence actuel de la hiérarchie militaire sur les raisons précises du rappel de son porte-parole alimente toutes les spéculations. S’agit-il d’une simple mesure administrative ou d’une sanction visant à museler une voix trop claire ?
La balle est désormais dans le camp des autorités de Kinshasa. Elles devront rapidement apporter des éclaircissements pour calmer la polémique et préserver la crédibilité des efforts de sécurité. Le capitaine Anthony Mualushayi est devenu malgré lui le symbole d’une bataille pour la vérité sur les dynamiques sécuritaires à Kwamouth et au-delà. Son sort est surveillé de près, tant par la population locale que par la communauté nationale, avide de comprendre les forces obscures qui minent la paix dans cette région.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
