La Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, a servi de cadre ce vendredi 2 janvier 2026 à la première réunion du Conseil des ministres de l’année. Une séance inaugurale placée sous le signe de l’injonction impérative aux résultats. Le président Félix Tshisekedi a, sans ambages, fixé le cap pour ce début de mandat renouvelé : transformer les promesses en réalisations palpables. Ce discours, repris dans le compte rendu officiel, sonne-t-il comme un constat d’inefficacité antérieure ou comme la feuille de route ultime pour un gouvernement dont la crédibilité est désormais en jeu ? L’année 2026, annoncée comme celle de la « consolidation de l’action publique », s’ouvre sur un appel à la reddition des comptes qui ne saurait souffrir d’atermoiements.
Face au gouvernement Suminwa II, dont la composition de 53 membres mêle reconductions, nouvelles figures et permutations, le chef de l’État a martelé la nécessité d’un « passage résolu de l’intention à l’impact concret et mesurable ». Le ton est donné, ferme et directif. Le message central du discours gouvernemental de Félix Tshisekedi est sans équivoque : l’ère des simples déclarations d’intention est révolue. En rappelant que les instructions de la 72ᵉ réunion du Conseil demeuraient « pleinement d’actualité », le président trace subtilement une ligne entre les ambitions affichées et les réalisations encore attendues, insufflant une pression palpable sur l’équipe de la Première ministre Judith Suminwa.
Le nerf de la guerre, selon les déclarations présidentielles, réside dans l’exécution accélérée de projets structurants. Le Programme de Développement Local des 145 territoires, présenté comme un engagement solennel, est placé en tête de liste. Cette première phase, considérée comme un levier prioritaire de transformation, devient ainsi le premier test tangible pour l’action publique en 2026. Mais au-delà de ce programme phare, le président a élargi le spectre des attentes aux secteurs des infrastructures, de l’agriculture, des finances publiques et de l’identification de la population. Une liste exhaustive qui, si elle démontre une vision holistique, soulève également la question de la capacité d’exécution d’une administration souvent engorgée.
La rhétorique employée par Félix Tshisekedi est révélatrice d’une volonté de rupture avec certaines pratiques. L’exhortation à « bannir les égos individuels », à renforcer la coordination interministérielle et à lever les « goulots d’étranglement administratifs et financiers » pointe du doigt des dysfonctionnements systémiques bien connus. L’instauration d’une « véritable culture du résultat » et d’une « logique permanente de redevabilité » apparaît dès lors moins comme une nouveauté que comme un rappel à l’ordre sévère adressé à l’appareil d’État. Chaque ministre se voit assigner la production de résultats « concrets, mesurables et vérifiables », une exigence qui pourrait redistribuer les cartes au sein de l’exécutif en fonction des performances.
Comment, dès lors, le gouvernement Suminwa II compte-t-il répondre à cette injonction présidentielle ? Le mécanisme interinstitutionnel de suivi et de monitoring confié à la Première ministre, associant son cabinet et les ministères clés, constitue la réponse structurelle. Ce pilotage coordonné vise à assurer un suivi rigoureux et la capitalisation des avancées. Pour Judith Suminwa, qui s’était félicitée fin décembre d’avancées en matière de gouvernance malgré un « environnement perturbé », la tâche est d’importance. Elle devra concilier l’évaluation annoncée pour janvier 2026 avec l’impératif de célérité brandi par le président.
La reconnaissance par le président des « défis persistants », sécuritaires et économiques, n’est pas anodine. Elle sert de toile de fond à cet appel à l’action, rappelant que le contexte national exige plus que jamais une administration efficace et transparente. L’affirmation selon laquelle la RDC dispose des ressources nécessaires pour surmonter ces obstacles est un appel au patriotisme et au sens du devoir, mais elle place également la barre très haut pour les membres du gouvernement. L’année placée sous le signe de « l’espérance partagée » et d’une « transformation progressive mais irréversible » ne pourra se réaliser sans une traduction opérationnelle immédiate des directives présidentielles.
La composition même du gouvernement, avec ses 15 nouvelles figures et ses 17 membres permutés, offre-t-elle les garanties d’une dynamique renouvelée ? La présence de 21 membres reconduits suggère une volonté de continuité, mais aussi la nécessité de corriger les trajectoires. La capacité de cette équipe à fonctionner en synergie, en dépassant les logiques de clocher, sera décisive pour concrétiser les engagements de l’État envers le peuple congolais. L’accent mis sur la transparence et l’intérêt général dans la conduite des projets structurants répond à une attente citoyenne forte, mais dont la satisfaction reste à démontrer.
En définitive, cette première réunion du Conseil des ministres 2026 de la RDC fixe un cadre exigeant. Le discours de Félix Tshisekedi fonctionne comme un pacte de performance imposé à son gouvernement. L’insistance sur des résultats concrets dans l’action gouvernementale, particulièrement pour le Programme Développement Local des 145 territoires, est le nouveau mantra. Le véritable enjeu pour le pouvoir en place résidera dans sa capacité à transformer cette rhétorique volontariste en progrès visibles pour les populations. Les prochains mois, scrutés à l’aune de ce mécanisme de suivi, révéleront si l’exécutif est capable de passer, comme il l’exige, de la parole aux actes. L’année 2026 s’annonce donc comme un banc d’essai déterminant pour la crédibilité et la légitimité même du gouvernement Suminwa II.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
