Dans l’enceinte sacrée de la cathédrale de Kisantu, un silence lourd de mémoire accueille la voix de Mgr Jean-Crispin Kimbeni Ki Kanda. Face à une assemblée où se mêlent fidèles, autorités provinciales et nationales, l’évêque du diocèse de Kisantu, dans le Kongo Central, interpelle directement les consciences. « Que sommes-nous prêts à offrir à notre pays aujourd’hui ? » lance-t-il, lors de cette célébration eucharistique dédiée aux martyrs de l’indépendance, commémorés chaque 4 janvier en RDC. Pour lui, le véritable hommage à ces héros ne réside pas seulement dans le souvenir, mais dans l’engagement concret, jusqu’au sacrifice. Son appel, tiré du livre de la Genèse, résonne comme un défi lancé à une nation en quête de repères : donner sa vie pour une cause noble.
Cette cérémonie du 4 janvier, placée sous le thème « En toi, Kongo-Central, notre mère, toutes nos sources ; par ta lumière, nous verrons la lumière », transcende la simple commémoration religieuse. Elle se veut un acte politique et social profond, un catalyseur pour la paix et le développement du pays. En invoquant le sacrifice des martyrs de l’indépendance RDC, Mgr Kimbeni trace un parallèle saisissant avec les défis contemporains. « Ceux qui donnent leur vie pour une cause noble donnent un sens véritable à leur existence », affirme-t-il, suggérant que le patriotisme n’est pas un concept abstrait, mais un choix quotidien qui peut exiger le tout. Dans un contexte national marqué par des conflits à l’Est et des tensions socio-économiques, cet appel prend une résonance particulière. Faut-il comprendre cet engagement comme un appel aux armes ? Non, plutôt comme un appel à l’action désintéressée pour la reconstruction nationale.
L’évêque de Kisantu n’oublie pas le terreau de son message. Il rappelle avec force le « rôle historique et déterminant » des ressortissants du Kongo Central dans le développement de la RDC. Cette province, berceau de nombreux leaders et intellectuels, est présentée comme une « mère » et une « source ». Mais ce rappel glorieux soulève une question cruciale : comment cette région, souvent perçue comme marginalisée, peut-elle redevenir ce phare pour l’ensemble du pays ? Le thème de la lumière n’est pas anodin. Il sous-entend que le développement intégral de la province n’est pas un projet local, mais une condition sine qua non pour éclairer le chemin de toute la nation. La présence du gouverneur, de ministres provinciaux et de députés nationaux et provinciaux à cette messe montre que le message est aussi destiné aux décideurs. La cérémonie devient ainsi une tribune pour plaider en faveur d’un investissement accru dans cette région stratégique.
Au-delà des mots, cette célébration visait explicitement à « renforcer l’unité nationale, la cohésion sociale et la culture de la paix ». Dans une RDC parfois fracturée par ses identités régionales, l’accent mis sur le Kongo Central comme « notre mère à tous » est un plaidoyer pour l’inclusion. L’appel patriotisme lancé par l’évêque est donc double : il invite à la fois à un sacrifice personnel et à une reconnaissance collective des apports de chaque composante du pays. La commémoration des martyrs, souvent des figures nationales, sert de ciment à cette unité. Mais l’on peut s’interroger : cet idéal de cohésion résiste-t-il aux réalités du terrain, aux inégalités de développement et aux frustrations persistantes ? La messe de Kisantu pose la question sans prétendre apporter toutes les réponses, mais en insistant sur la responsabilité de chacun.
Finalement, l’homélie de Mgr Kimbeni dépasse le cadre religieux pour toucher aux fondements mêmes du contrat social en RDC. En convoquant le souvenir des martyrs, il place la barre très haut pour les vivants. Donner sa vie, c’est peut-être, dans le contexte actuel, donner son temps, son expertise, son intégrité et refuser la corruption ou l’indifférence. L’évêque Kisantu transforme ainsi une mémoire douloureuse en un projet d’avenir. Le développement tant souhaité pour le Kongo Central et pour l’ensemble du pays ne viendra pas seulement des investissements étrangers ou des programmes gouvernementaux, mais d’une myriade d’engagements individuels inspirés par cet esprit de sacrifice. Alors que la cérémonie s’achevait dans les chants et les prières, une question demeurait en suspens dans l’air chaud de Kisantu : qui, aujourd’hui, sera prêt à prendre le relais des martyrs pour écrire le nouveau chapitre de l’indépendance congolaise, celle de la dignité et de la prospérité partagée ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
