La nouvelle année n’a pas suspendu la tempête. Massacres à l’Est, révoltes minières à Kolwezi, criminalité urbaine, discours de haine, revendications populaires d’un vrai dialogue national : la République démocratique du Congo entame 2026 sur fond de fragmentation et d’urgence. Partout, le défi de la cohésion et de la gouvernance taraude familles, décideurs et institutions. La question qui domine : comment reconstruire l’unité face à la peur, la fatigue et la défiance généralisée ?
En cette première semaine de janvier, l’actualité congolaise s’est cristallisée autour d’un double écueil dramatique : l’explosion continue de la violence — à l’Est comme dans le centre — et l’incapacité structurelle du pouvoir à refonder un récit national rassembleur. Les affrontements armés se multiplient : massacres de civils à Bule en Ituri et Mambasa, enlèvements, bombardements, pillages et exactions des groupes armés comme des forces censées garantir la paix. Dans le Kwilu, à Kikwit, les combats entre FARDC et miliciens Mobondo ont fait plus de 20 morts, plongeant la population dans la stupeur ; à Rutshuru, l’enlèvement de 42 femmes par le M23 ajoute l’horreur à la détresse humanitaire.
La crise sécuritaire enserre désormais toute la société. Les marches de la jeunesse à Kipushi et Kirumba, la colère des creuseurs assassinés à Kolwezi, l’exaspération devant les évasions et la criminalité urbaine à Kinshasa témoignent d’une implosion civique et sociale. Pourtant, ce chaos n’est pas absolu. Il catalyse aussi une formidable envie de réforme. Ainsi, la parole nationale se radicalise : trois Congolais sur quatre réclament un dialogue inclusif, les leaders d’opinion, de l’opposition et des églises multiplient les appels à l’unité et à une gouvernance réellement partagée.
Mais le pouvoir, lui, oscille entre verrouillage autoritaire (suspension de généraux, censure sur les propos de l’armée, réforme de la communication d’État) et grand affichage patriotique. Le retour de la RDC au Conseil de sécurité de l’ONU, le lancement du nouvel Ordre du Léopard ou encore la réforme mémorielle nationale sur les héros visent à consolider une identité mise à mal par la violence et les crispations identitaires. Mais le fossé se creuse. La société civile dénonce l’inaction, les ONG alertent sur 150 000 civils piégés à Bule et une crise humanitaire oubliée, les critiques pleuvent face à l’inefficacité des états de siège — notamment en Ituri et dans le Nord-Kivu où la réforme militaire, la vaccination d’urgence et les actions humanitaires peinent à rattraper l’ampleur du désastre.
La semaine écoulée ne marque donc pas seulement la persistance d’un cycle de crise. Elle pose à nouveau la question : la RDC est-elle condamnée à subir la fragmentation et le repli identitaire, ou saura-t-elle engager le chantier, si urgent, d’un dialogue inclusif, réel, capable de refonder le « bien commun » ? La paralysie actuelle montre que la paix ne viendra ni par la force ni par la seule communication. Elle exigera de nouvelles formes de confiance, de justice et de décentralisation, forgées dans un pacte national renouvelé. Notre peuple en réclame la preuve désormais, au risque sinon d’une crise chronique, mortifère jusque dans l’intimité des familles.
Notre société est à la croisée des chemins. L’enlisement structurel, le danger d’une violence sans fin, ne peuvent être combattus que par un sursaut collectif — celui d’un dialogue national sincère, d’une remise à plat du partage des pouvoirs et d’un engagement réel pour la cohésion. À nos gouvernants, à nos forces sociales, à la jeunesse : il n’y a plus de temps à perdre pour sauver le fil de notre unité et de notre espérance. L’heure n’est plus aux postures ni à la diversion, mais à la reconstruction d’un contrat social solide, où nul congolais ne sera laissé pour compte.
— La Rédaction de CongoQuotidien
