Dans une salle de Kinshasa, ce samedi 3 janvier, vingt-quatre voix se sont levées à l’unanimité. Vingt-quatre votes pour un seul homme, Pascal Mulegwa, désormais porté à la tête de l’Association des correspondants de la presse internationale (ACPI) en République démocratique du Congo. Ce scrutin, loin d’être une simple formalité administrative, résonne comme un acte de foi collective en pleine tempête. Alors que les reportages depuis l’Est du pays ressemblent souvent à des missions périlleuses et que les procédures administratives se compliquent, quel souffle nouveau cette élection peut-elle insuffler à la presse internationale en RDC ?
« L’heure n’est plus aux discours ni à la jouissance, mais à la mission », a martelé le nouveau président, correspondant attitré de Radio France Internationale (RFI). Ses premiers mots, prononcés à l’issue du vote, ont tracé la feuille de route d’un mandat qui s’annonce semé d’embûches. Pour lui, le poste n’est pas un fauteuil de prestige, mais un poste de combat. Un combat pour accompagner, protéger et servir une communauté de journalistes souvent sur la brèche, qu’ils soient correspondants presse internationale permanents, envoyés spéciaux ou de passage.
Le défi est de taille. Comment, en effet, garantir la sécurité des reporters travaillant dans des zones sous occupation, à Goma ou Bukavu, où la frontière entre information et propagande est constamment brouillée par les belligérants ? La réponse de Pascal Mulegwa est claire : par un dialogue « permanent » avec les autorités politiques, administratives et militaires. Un dialogue visant à faire respecter la Constitution et les lois qui protègent théoriquement les journalistes. Mais sur le terrain, la théorie se heurte souvent à une réalité beaucoup plus rugueuse.
Parmi les dossiers brûlants qui attendent le nouveau bureau de l’ACPI RDC, la question des visa journalistes étrangers RDC occupe une place centrale. Mulegwa l’a pointée du doigt comme une priorité. Une loi datant de la deuxième République garantissait aux journalistes étrangers un « visa de courtoisie ». Un acquis aujourd’hui remis en cause par la Direction générale de migration (DGM). « Cela exige un dialogue approfondi avec les autorités afin d’harmoniser les procédures en matière d’accréditation », a-t-il expliqué. Cette tracasserie administrative n’est pas anodine ; elle peut constituer un frein subtil à la couverture libre de l’actualité, entravant la liberté de la presse RDC.
Le contexte, marqué par une insécurité persistante à l’Est et une guerre de communication acharnée, impose plus que jamais une exigence de professionnalisme. « Dans ce contexte d’agression et de propagande, qu’elle vienne de la rébellion ou du gouvernement, notre défi est de permettre aux journalistes de rester indépendants, neutres et professionnels », a insisté le nouveau coordonnateur. Cette quête d’indépendance est au cœur du thème du congrès qui l’a élu : « Pour un journalisme de qualité, pour une presse plus aguerrie ». Une devise qui sonne comme un rappel à l’ordre face aux pressions multiples.
L’élection a été saluée par des figures du paysage médiatique congolais. Jean-Marie Kasamba, président de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) pour Kinshasa, y a vu un gage de crédibilité. « Aucune démocratie ne peut se consolider sans une presse indépendante et crédible », a-t-il rappelé, soulignant la vigilance nécessaire pour que chaque journaliste puisse travailler « dans le respect des lois et dans un climat de sérénité ». Un vœu pieux dans un environnement où les menaces, directes ou indirectes, ne sont jamais loin.
Bienvenu-Marie Bakumanya Bakwala, le coordonnateur adjoint sortant, est revenu sur l’essence même de l’ACPI. Créée pour résoudre les problèmes spécifiques aux correspondants presse internationale, l’association ne doit pas être un ghetto mais un levier. Il a encouragé le nouveau comité, composé de visages connus de la BBC, de Deutsche Welle, de l’AFP ou d’Al Jazeera, à privilégier le consensus et à rester attaché aux valeurs de vérité. Une vérité souvent difficile à extraire des chaos congolais.
Alors, cette élection de Pascal Mulegwa et de son équipe marque-t-elle un tournant ? Elle représente sans conteste une main tendue vers une profession en quête de reconnaissance et de protection. Les ambitions sont nobles : défendre les accréditations, fluidifier l’obtention des visas, servir de pont avec les autorités, et surtout, préserver l’intégrité du travail journalistique face aux vents contraires de la propagande. Mais entre les déclarations d’intention prononcées à Kinshasa et la réalité du terrain à Bunagana ou Rutshuru, il y a un monde.
Le véritable test pour ce nouveau leadership de l’ACPI ne se jouera pas dans les salles de réunion de la capitale, mais sur les routes chaotiques du Kivu, dans les bureaux parfois réticents de l’administration, et dans la capacité à faire entendre la voix d’une presse libre face à tous les pouvoirs. La mission de Pascal Mulegwa vient de commencer. Et avec elle, un espoir, ténu mais bien réel, de voir la liberté de la presse RDC non seulement défendue dans les textes, mais vécue et respirée au quotidien par ceux qui prennent des risques pour informer le monde.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
