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Tshisekedi serre la vis sur la parole officielle après le dérapage d’Ekenge

Lors d’un Conseil des ministres au début de cette nouvelle année, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a donné une leçon de rigueur à l’ensemble de son gouvernement. Face à ses ministres, le chef de l’État a chargé le ministre de la Communication et des médias, Patrick Muyaya, de verrouiller la communication officielle de l’État. L’objectif est clair : restaurer une parole publique « cohérente, responsable et maîtrisée ». Derrière cette instruction apparemment technique se cache un enjeu de taille : la sauvegarde même de l’autorité de l’État dans une période de turbulences.

« La parole publique engage l’État dans ce qu’il a de plus essentiel : sa crédibilité, son autorité morale et sa capacité à rassembler la nation », a martelé Félix Tshisekedi. Cette formule, prononcée en conseil, n’est pas anodine. Elle révèle une préoccupation aiguë du chef de l’État face à la dilution de la parole de l’État, souvent brouillée par des déclarations isolées et contradictoires. Dans un pays comme la République Démocratique du Congo, où les défis sécuritaires à l’Est et les tensions sociales menacent en permanence l’unité nationale, chaque mot prononcé au nom de l’institution est un pari sur la confiance publique. Le président a-t-il jugé que ce pari était trop souvent perdu ces derniers temps ?

La réaction du locataire du Palais de la Nation n’est en effet pas tombée du ciel. Elle intervient dans le sillage immédiat de la polémique déclenchée par les propos du général-major Sylvain Ekenge, porte-parole militaire dans l’Est. Ses déclarations jugées discriminatoires envers les femmes tutsi ont enflammé les réseaux sociaux et provoqué un tollé bien au-delà des frontières nationales, offrant une illustration parfaite des « effets négatifs » d’une communication non coordonnée que le président entend désormais prévenir. Cet incident a-t-il servi de déclic, révélant une faille béante dans le dispositif de la parole publique ?

Pour colmater cette brèche, Félix Tshisekedi exige la mise en place rapide d’un cadre formel de concertation préalable. Ce mécanisme de filtrage strict devra impliquer, pour les sujets sensibles, le conseiller spécial du chef de l’État en communication, les services de la Primature, l’état-major général des FARDC et la Police nationale congolaise (PNC). Une telle liste d’institutions conviées à la table de la concertation démontre l’étendue des sujets considérés comme à risque : tout ce qui touche à la défense, à la sécurité et à la cohésion sociale. Patrick Muyaya se voit ainsi transformé en chef d’orchestre d’une partition politique extrêmement délicate, avec pour mission de faire de la communication gouvernementale « un instrument de rassemblement et de stabilité, et non une source de division ».

La tâche qui incombe au ministre est titanesque. Il ne s’agit pas seulement de discipliner les porte-parole militaires, mais bien d’instaurer une culture de la retenue et de la précision dans l’ensemble de l’appareil d’État. Le président a clairement signifié que « la parole de l’État ne saurait être émotionnelle ou approximative ». Cette injonction sonne comme une critique à peine voilée des dérives verbales passées, où l’émotion l’emportait parfois sur la raison d’État. Peut-on véritablement museler les ardeurs communicationnelles de certains acteurs politiques et militaires habitués à la franchise médiatique ?

L’initiative de Félix Tshisekedi, si elle vise à protéger l’autorité de l’État, pose également des questions sur l’espace de la parole démocratique. En centralisant et en contrôlant strictement le discours officiel, le gouvernement congolais ne risque-t-il pas d’étouffer toute spontanéité et de produire une communication aseptisée, loin des préoccupations vives des citoyens ? La recherche de cohérence peut-elle verser dans l’uniformisation ? Le défi pour Patrick Muyaya sera de trouver l’équilibre entre une parole maîtrisée et une parole qui reste audible et crédible pour une population en quête de vérités et de résultats.

En confiant cette mission délicate à son ministre de la Communication, le président Tshisekedi joue un double jeu. Il réaffirme son autorité sur l’appareil exécutif et militaire, rappelant que la parole légitime est la sienne et celle de ses canaux désignés. Dans le même temps, il tente de construire un rempart institutionnel contre la cacophonie qui a trop souvent nui à l’image et à l’efficacité de son action. La réussite de cette nouvelle discipline dépendra de la capacité de Patrick Muyaya à imposer son arbitrage à des institutions puissantes, souvent jalouses de leur autonomie. L’échec, quant à lui, ne ferait qu’entériner la persistance d’un désordre communicationnel qui mine la crédibilité de l’action de l’État. Le ministre saura-t-il être le gardien inflexible de cette nouvelle doctrine, ou les vieux démons de la parole libérée finiront-ils par ressurgir au prochain coup de stress sécuritaire ou politique ?

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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