Le constat est accablant, le symbole douloureux d’un sport livré à lui-même. À Kikwit, dans la province du Kwilu, deux enceintes censées être les temples du football local, les stades du 30 Juin et de Kazamba, agonisent sous l’indifférence générale. Une négligence qui illustre le triste état des infrastructures sportives en RDC et pose une question brûlante : jusqu’à quand le sport congolais devra-t-il survivre dans de telles conditions ?
Le stade du 30 Juin, situé en plein cœur de la ville, offre un spectacle de désolation. Ironie du sort, le bureau urbain des Sports et Loisirs y a élu domicile, mais l’inaction est reine. La pelouse, quand on peut encore l’appeler ainsi, est un mélange de sable et de mauvaises herbes. Les premières pluies la transforment en bourbier, rendant toute pratique du football impossible. Les gradins, autrefois bondés de supporters vibrants, sont aujourd’hui lentement digérés par une végétation indésirable. Les toilettes sont dans un état d’insalubrité repoussant. Comment en est-on arrivé là ? Comment une ville de l’importance de Kikwit, véritable poumon du Kwilu, peut-elle accepter un tel délabrement de son patrimoine sportif ?
Pourtant, la passion du ballon rond y est bien vivante. Des clubs comme l’AS Vutuka ou l’AS Makila ont écrit des pages glorieuses de l’histoire locale. Mais ces équipes évoluent sur un terrain miné, au sens propre comme au figuré. Le plus troublant ? Ce stade du 30 juin Kikwit reste homologué par la FECOFA pour accueillir des rencontres de Ligue 2. Une décision qui laisse perplexe et interroge sur les critères réels d’évaluation. Un supporter, la rage au cœur, lance : « Ce stade est le miroir de notre ville et de notre province. Tout est à l’arrêt. » Son témoignage résume le sentiment d’abandon.
À quelques kilomètres de là, le stade Kazamba abandonné raconte une histoire encore plus sinistre, celle d’une promesse non tenue. Lancé en 2016 grâce à des fonds issus de concerts, le projet est aujourd’hui un fantôme. Le chantier, laissé en plan, n’est plus qu’un vaste terrain vague où poussent des patates douces. Les vestiaires et une partie des gradins, construits à moitié, se détériorent chaque jour un peu plus. Sylvie Mukwa, bourgmestre de la commune, lance un cri d’alarme : les travaux sont arrêtés depuis un an sans explication. Une autre ambition réduite à néant, un autre symbole du sport Kwilu négligé.
En coulisses, un agent du bureau des Sports, sous couvert d’anonymat, dévoile une réalité administrative kafkaïenne : son service ne dispose même pas de frais de fonctionnement pour ses missions quotidiennes. Comment, dans ces conditions, entretenir ne serait-ce qu’un banc de touche ? Cette révélation met en lumière un mal profond qui dépasse Kikwit. La concentration des ressources à Kinshasa asphyxie les provinces. Les infrastructures sportives RDC sont-elles condamnées à n’exister que dans la capitale ?
Cette situation n’est malheureusement pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une longue liste de stades abandonnés Congo. Récemment, les images du stade Jeune de Katoka à Kananga, où des joueurs de Ligue 1 évoluaient dans un champ, ont fait scandale sur les réseaux sociaux. Chaque province pourrait dresser son propre inventaire à la Prévert de terrains vétustes et de projets avortés. Cet abandon systématique est un poison qui ronge le football congolais à la base, privant les jeunes talents de cadres de formation décents et brisant l’élan des clubs locaux.
Le temps des constats amers est révolu. Il est urgent que les autorités, tant provinciales que nationales, sortent de leur torpeur. Il faut un plan clair, des budgets dédiés et une volonté politique inébranlable pour redonner vie à ces temples du sport. Les supporters de Kikwit, et de toute la RDC, méritent mieux. Le sport, véritable ciment social et source de fierté nationale, ne peut plus être la variable d’ajustement de politiques à courte vue. La balle est désormais dans le camp des décideurs. Laisseront-ils pourrir la situation, ou relèveront-ils enfin le défi de construire des infrastructures sportives à la hauteur des rêves de toute une nation ? L’avenir du sport congolais se joue aussi sur les terrains de Kikwit.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Eventsrdc
