Dans un courrier qui fait l’effet d’une déflagration dans le microcosme des grands chantiers publics, l’élu provincial Papy Noël Kanku porte une critique acerbe sur l’état des infrastructures en construction à Kananga. Sa lettre, adressée au ministre en charge du portefeuille, ne se contente pas de constater des anomalies ; elle dépeint un système où la négligence et l’opportunisme semblent avoir pris le pas sur la rigueur technique et le souci de l’intérêt général. L’affaire met en lumière les dérives potentielles qui guettent la matérialisation des promesses de développement dans le Kasaï-central.
Le constat initial est sans appel : une détérioration précoce des ouvrages. Comment expliquer qu’une chaussée présente des signes de rupture avant même la fin des travaux ? Pour l’élu, cette situation est « inconcevable ». Elle interroge fondamentalement la mauvaise qualité des matériaux utilisés ou les méthodes d’exécution employées par l’entreprise mandatée, Safrimex. Cette précocité dans la dégradation n’est-elle pas le symptôme d’un mal plus profond, celui d’une conception déficiente ou d’un contrôle absent dès la phase de réalisation ? L’investissement public, souvent présenté comme le levier de la modernisation, risque ici de se transformer en gouffre financier pour le Trésor, sans bénéfice durable pour les populations de Kananga.
La critique de Papy Noël Kanku s’enfonce plus loin en pointant une « carence manifeste de la Mission de contrôle ». L’entreprise chargée de cette surveillance est décrite comme ayant un regard « au mieux impuissant, au pire complaisant ». Cette accusation est grave. Elle suggère que les mécanismes de vérification, supposés garantir le respect des cahiers des charges et la protection des deniers publics, ont purement et simplement failli. Dans un secteur aussi sensible que la construction routière, où les enjeux de sécurité et de durabilité sont primordiaux, un tel relâchement équivaut à une mise en danger délibérée. Le député provincial a-t-il mis le doigt sur un laxisme systémique qui permettrait aux entreprises de s’affranchir des normes les plus élémentaires ?
Le tableau se complète par la dénonciation d’un « rythme d’exécution opportuniste ». L’élue fustige la « lenteur notoire » de Safrimex dans la conduite de ses projets, une lenteur qui contraste singulièrement avec des accélérations soudaines, qualifiées de « cosmétiques et temporaires », à l’approche de visites officielles de haut niveau. Cette stratégie, bien connue sur d’autres chantiers, révèle une gestion du temps calibrée non sur les impératifs techniques, mais sur les effets d’annonce et la communication politique. La route devient alors un décor, et non un service public. Jusqu’où cette logique de l’apparence peut-elle miner la crédibilité des autorités qui prescrivent ces travaux ?
Face à ce qu’il qualifie de non-respect flagrant des engagements, Papy Noël Kanku en appelle à une implication directe du ministre. Ses demandes sont précises : inspection rigoureuse, mesures coercitives contre Safrimex, et sanctions contre le bureau de contrôle défaillant. Cette interpellation place l’exécutif face à ses responsabilités. Va-t-il diligenter une enquête transparente et impartiale, ou minimiser ces alertes au risque de voir se répandre un sentiment d’impunité parmi les prestataires ? La réponse apportée à cette lettre de Papy Noël Kanku sera un indicateur clé de la volonté réelle de combattre les pratiques opaques dans la gestion des infrastructures.
L’enjeu dépasse largement le cas spécifique de Kananga. Il touche à la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à transformer les budgets colossaux alloués aux infrastructures en réalisations tangibles et pérennes. La mauvaise qualité des routes n’est pas une fatalité ; elle est souvent le produit de choix techniques inadaptés, d’un contrôle défaillant et d’une culture de la complaisance. La balle est désormais dans le camp des autorités nationales et provinciales. Soit elles saisissent cette alerte pour instaurer une nouvelle rigueur, restaurer l’autorité des cahiers des charges et sanctionner les manquements, soit elles actent, par leur silence ou leur inertie, que le développement du Kasaï-central peut se contenter de travaux au rabais. L’affaire Safrimex pourrait bien devenir le symbole d’un rendez-vous manqué ou, à l’inverse, d’un sursaut salutaire.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
