Dans le territoire de Kasongo, au cœur de la province du Maniema, une grogne sourde monte parmi les acteurs essentiels de l’éducation. Des enseignants, piliers souvent invisibles de l’avenir de la région, voient leur patience mise à rude épreuve par des retards persistants dans le versement de leurs rémunérations. Comment assurer sereinement la transmission du savoir lorsque la précarité financière guette à la porte de la salle des maîtres ? Cette question, beaucoup se la posent aujourd’hui, alors que certains réclament le paiement de trois mois de salaire, et d’autres celui de la prime de gratuité pour les deux derniers mois.
Ces préoccupations ont trouvé un écho public à travers les ondes de Radio Okapi, jeudi 1er janvier. Loin des festivités du Nouvel An, la voix des enseignants s’est élevée pour réclamer l’intervention urgente des autorités à tous les niveaux. Leur objectif est simple : être enfin remis dans leurs droits, après des mois d’attente et d’incertitude. Cette situation n’est malheureusement pas isolée et soulève des questions plus larges sur la gestion des ressources humaines dans le secteur éducatif congolais, particulièrement dans des régions comme le Maniema.
Porte-parole de cette colère légitime, Gilbert Lawaro Kabala, permanent du Syndicat des enseignants du Congo (SYECO) en charge des contentieux, a été on ne peut plus clair. « Nous, enseignants de Kasongo, exigeons du Gouvernement congolais et de ses partenaires, comme l’UFOD ou la CARITAS, le paiement des salaires du mois d’octobre pour certains, et de novembre et décembre 2025 pour nous tous », a-t-il déclaré. Sa requête va plus loin, pointant du doigt des pratiques contestables : « Que la CARITAS Kasongo cesse de ponctionner sur les salaires des enseignants. » Cette accusation de ponctions, si elle est avérée, jette une lumière crue sur les difficultés concrètes rencontrées par le corps professoral.
La demande des enseignants ne se limite pas au simple paiement des arriérés. Elle appelle à une refonte du système même de rémunération. En effet, les éducateurs de Kasongo en appellent au gouvernement pour qu’il change les agences de paie, actuellement assurées par la CARITAS et l’UFOD. Cette méfiance envers les intermédiaires traduit un profond besoin de transparence et de fiabilité. Parallèlement, ils encouragent l’État à honorer ses engagements concernant les frais de fonctionnement et, surtout, la fameuse prime de gratuité pour les enseignants du primaire, notamment pour les mois de mai et d’octobre 2025. Cette prime, cruciale dans le cadre de la politique de gratuité de l’enseignement de base, est un levier essentiel pour la motivation et la stabilité des personnels.
Mais quelles sont les conséquences réelles de ces retards de paiement sur le terrain pédagogique ? Il est facile d’imaginer le découragement qui peut s’emparer d’un enseignant devant jongler entre ses obligations professionnelles et des soucis financiers pressants. La qualité de l’enseignement, l’assiduité des professeurs et, in fine, l’avenir des élèves sont en jeu. Ce contentieux latent autour des salaires et des primes dans l’éducation en RDC crée un climat délétère qui mine les fondations d’un système déjà fragile. Quand les éducateurs doivent se battre pour leur propre survie économique, comment peuvent-ils se concentrer pleinement sur l’éveil intellectuel de leurs élèves ?
Le rôle du syndicat SYECO dans ce dossier est primordial. En se portant garant des revendications et en structurant la parole collective, il offre un canal de négociation indispensable. Son intervention sur les questions de contentieux en éducation en RDC met en lumière des dysfonctionnements systémiques qui nécessitent une réponse coordonnée et durable. L’appel lancé par les enseignants de Kasongo est donc bien plus qu’une simple réclamation pécuniaire ; c’est un cri d’alarme pour la dignité de la profession et pour l’avenir de l’école congolaise.
À l’heure où la République Démocratique du Congo affiche ses ambitions pour son système éducatif, les problèmes concrets de paiement des salaires des enseignants dans des zones comme Kasongo rappellent que les meilleures politiques butent sur des réalités logistiques et administratives complexes. La résolution de ce conflit sera un test significatif de la capacité des autorités à traduire les engagements en actes tangibles pour ceux qui font vivre l’école au quotidien. L’enjeu dépasse la simple paie du mois : il touche à la crédibilité même de la réforme éducative et à la confiance entre l’État et ses enseignants.
En conclusion, la situation à Kasongo sert de révélateur aux tensions persistantes dans le secteur de l’éducation nationale. La mobilisation des enseignants et du syndicat SYECO doit être entendue comme une opportunité de réforme et de dialogue. Garantir un paiement régulier et transparent des salaires et des primes, comme celle de la gratuité au Maniema, n’est pas une faveur, mais une condition sine qua non pour une éducation de qualité et équitable. L’avenir de plusieurs générations d’élèves congolais en dépend.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
