Comment assurer une éducation de qualité dans un contexte d’insécurité permanente ? Cette question hante les responsables éducatifs du Nord-Kivu, particulièrement dans la sous-division de Masisi I, où le premier trimestre de l’année scolaire 2025-2026 s’est ouvert sous le signe du chaos. Entre délocalisations forcées et paralysie totale, le système scolaire local vacille, mettant en péril l’avenir de milliers d’élèves.
Le constat dressé par Luc Nyamulinduka, responsable de la sous-division de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique (EPST) Masisi I, est sans appel. « Devoir arrêter les cours au moindre coup de feu ou carrément déménager toute l’école pour espérer fonctionner ailleurs… Voilà le calvaire vécu », explique-t-il, saluant malgré tout le courage remarquable des enseignants et des élèves. Cette situation d’extrême précarité a conduit à une fragmentation des réalités éducatives sur le terrain.
Face à la recrudescence des affrontements, certaines écoles Masisi ont en effet opté pour la délocalisation. C’est le cas des établissements situés sur l’axe Buabo, qui ont été transférés vers Masisi-Centre, une zone considérée comme plus sûre. Cette stratégie de survie a permis à ces écoles de terminer le trimestre, offrant une bouffée d’oxygène aux apprentissages. Mais cette solution n’est que temporaire. M. Nyamulinduka précise que dès que le calme sera durablement revenu, comme c’est espéré à Buabo, les écoles regagneront leurs sites d’origine. Cette mobilité contrainte pose toutefois des questions logistiques et psychologiques majeures pour les communautés scolaires.
À l’inverse, d’autres établissements n’ont pas eu cette chance. À Nyabiondo, par exemple, les cours ont été systématiquement interrompus par les crépitements de balles, ne reprenant que par intermittence. La situation a été encore plus critique sur l’axe Burora, où l’année scolaire avait bel et bien commencé, mais n’a jamais pu être achevée. Ces interruptions répétées créent un retard pédagogique considérable et une profonde anxiété chez les apprenants. Le conflit Masisi écoles n’est donc pas une métaphore ; c’est une guerre réelle contre l’éducation.
Quelles solutions pour rattraper le temps perdu ? Les autorités éducatives annoncent l’envoi d’inspecteurs pour aider les enseignants à densifier les programmes et combler les lacunes. Cependant, cette mesure technique peut-elle suffire face à un traumatisme collectif ? Les parents d’élèves, eux, ne misent que sur une seule issue : un rétablissement durable de la paix. « Sans sécurité, nos enfants ne peuvent ni étudier en paix ni rêver d’un avenir meilleur », confie l’un d’eux. Cette aspiration légitime se heurte pourtant à la dure réalité du Nord-Kivu éducation, souvent prise en étau entre les lignes de front.
L’inquiétude majeure demeure le non-achèvement du calendrier scolaire et le déplacement massif des élèves, facteurs d’abandon scolaire. La délocalisation écoles Nord-Kivu apparaît comme un pis-aller, une réponse d’urgence à une crise chronique. La véritable réforme, celle qui manque cruellement, serait une intégration de la protection de l’éducation dans les stratégies de pacification. Les salles de classe doivent-elles devenir des bunkers ou des cibles mouvantes ? La réponse à cette question rhétorique déterminera la qualité de toute une génération.
Alors que le second trimestre s’approche, l’enjeu est de taille. Il ne s’agit pas seulement de finir les programmes, mais de préserver le droit fondamental à l’instruction dans une région meurtrie. Le courage des acteurs sur le terrain est admirable, mais il doit être soutenu par des engagements politiques fermes pour une sécurité pérenne. L’avenir du Nord-Kivu se joue aussi dans ses salles de classe, qu’elles soient de briques ou de fortune.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
