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Dialogue national RDC : Le verdict sans appel d’un peuple à bout de souffle

À l’heure où les pourparlers internationaux s’enlisent dans des protocoles sans fin, une voix émerge du terrain avec la force d’un constat d’urgence. Plus de dix mille citoyens congolais, interrogés par l’ASBL ProjetsdeSociété.CD, viennent de formuler un diagnostic implacable sur l’état de la nation et la voie à suivre. Cette enquête, réalisée sans financement externe entre septembre et novembre 2025, constitue un baromètre sans précédent de la perception de la population congolaise, offrant une photographie brutale des attentes et des désillusions à l’égard de tout futur dialogue national.

Dans un contexte de conflits armés persistants et de défiance institutionnelle chronique, cette initiative citoyenne pose une question fondamentale : les Congolais font-ils encore confiance aux grands rendez-vous politiques censés les sauver ? La réponse, dévoilée après vingt et un jours d’analyse des données recueillies par quarante volontaires dans quinze villes, est nuancée, structurée, et surtout, chargée d’une exigence palpable. Le soutien à l’idée d’un dialogue est massif, mais il s’agit d’un chèque en blanc conditionnel, assorti de mises en garde sévères contre les travers du passé.

Le premier enseignement de ce sondage est un paradoxe révélateur. Alors que 74,7 % des 10 221 répondants – dont une écrasante majorité de jeunes adultes et de personnes directement affectées par les violences – se déclarent favorables à l’organisation d’un nouveau dialogue, ce plébiscite est immédiatement tempéré par une méfiance viscérale. La population réclame un « dialogue de rupture », explicitement distinct des formats de cooptation politique qui ont émaillé les processus de Nairobi, Luande ou Doha. La crainte d’une instrumentalisation par les élites ou d’une légitimation indue des groupes armés plane comme une épée de Damoclès sur toute initiative future. Plus significatif encore : près de 68 % des participants exigent que ce processus débute dans un délai de trois mois, signe d’une urgence perçue comme vitale.

Cette urgence trouve sa source dans un impact humanitaire dont les chiffres, livrés par l’enquête, donnent le vertige. Au sein des communautés touchées par les conflits, 40,8 % des personnes ont perdu un proche, la moitié a été déplacée, et 55 % a vu ses revenus s’évaporer. Derrière ces statistiques se cache une « fatigue morale collective », un état de détresse psychologique et économique que le rapport qualifie de proche d’une « dépression nationale », particulièrement dans les provinces sous occupation. Comment, dans ces conditions, envisager une quelconque paix et sécurité sans s’attaquer d’abord à cette détresse concrète ?

Les priorités exprimées sont sans ambiguïté et forment la feuille de route incontournable de tout dialogue crédible. La fin des violences (80 %) et la sécurité territoriale (65 %) arrivent en tête, suivies par des préoccupations économiques immédiates : la relance et la réouverture des banques (45 %), ainsi que la création d’emplois (40 %). La fermeture des institutions bancaires dans certaines zones, présentée comme un obstacle majeur à la normalité, symbolise à elle seule l’effondrement du tissu économique local. La population congolaise envoie un message clair à ses dirigeants et aux facilitateurs potentiels : elle attend des résultats tangibles, pas des déclarations d’intention.

Sur la question sensible de la facilitation, le sondage dessine une carte des légitimités. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) arrive en tête (40 %), devant la société civile (30 %) et l’Église du Christ au Congo (ECC, 25 %), tandis que les médiateurs africains neutres ne recueillent que 20 % de confiance. Ce choix reflète une demande d’impartialité certes, mais aussi d’un ancrage dans les réalités locales, une méfiance certaine envers les solutions importées. Les répondants n’ignorent pas pour autant les risques de rivalités internes au sein même de ces institutions religieuses, ajoutant une couche de complexité à l’équation.

Le modèle de participation souhaité est tout aussi instructif. Les citoyens rejettent majoritairement une approche par délégation ou représentation élitiste, jugée déconnectée. Ils plébiscitent les consultations populaires de terrain (64,9 %) et les réunions communautaires (63,8 %), préférant de loin la parole directe à la médiation politique. Cette exigence de proximité et d’inclusion réelle constitue peut-être le défi le plus redoutable pour les organisateurs d’un éventuel dialogue. Comment construire un cadre suffisamment large pour être inclusif, sans tomber dans la lourdeur bureaucratique qui a discrédité les tentatives précédentes ?

Les recommandations issues de cette consultation citoyenne sont précises et opérationnelles : lancer un dialogue préparatoire sous trois mois sous l’égide de la CENCO et de l’ECC, organiser des consultations massives dans toutes les provinces, intégrer une réponse humanitaire d’urgence, et surtout, instituer des mécanismes contraignants de transparence, de suivi et de redevabilité. La demande d’un programme rapide de réouverture des banques vient rappeler que pour les populations, la paix commence par la possibilité de subvenir à ses besoins essentiels.

Au final, cette enquête émanant de la société civile elle-même jette une lumière crue sur l’état d’esprit de la nation. Elle révèle une fenêtre d’opportunité étroite mais réelle : une majorité de Congolais croit encore à la vertu du dialogue, mais lui assigne des conditions non négociables d’efficacité, d’inclusion et de résultats. L’alternative est implicite dans chaque réponse analysée : un échec de plus à écouter cette voix collective risquerait de consommer une rupture définitive entre un peuple à bout de souffle et ses institutions. La balle est désormais dans le camp des acteurs politiques et sociaux. Sauront-ils saisir cette chance historique, ou répéteront-ils les erreurs qui ont conduit à cette défiance ? Le prochain chapitre de la quête de paix et sécurité en RDC s’écrira en fonction de leur réponse à ce verdict sans appel.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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