Alors que les festivités de fin d’année battent leur plein, un message politique vient rappeler la dure réalité de la guerre Est RDC. Germain Kambinga, ancien ministre de l’Industrie et figure politique influente, a transformé ses traditionnels vœux en un vibrant plaidoyer pour la résistance congolaise. Dans une déclaration publiée ce mercredi 31 décembre 2025, le président du regroupement Le Centre a salué la ténacité du peuple face à l’agression de l’AFC-M23 Rwanda, mais a surtout lancé un appel sans équivoque à intensifier la lutte en 2026. Son discours, qui évite soigneusement les congratulations faciles, trace les contours d’une année décisive où la nation devra, selon lui, se ressaisir ou risquer de voir son destin lui échapper.
Le cœur du message de Kambinga réside dans une analyse froide de l’adversité. « Nous devons résister mieux, nous devons résister avec encore plus de volonté », a-t-il insisté, pointant du doigt la nécessité d’une stratégie plus aguerrie. L’ancien ministre ne se contente pas d’enjoindre à la bravoure ; il prône une approche méthodique, presque académique, de l’ennemi. « Apprendre à connaître notre adversaire, qui est le Rwanda : qui sont-ils, comment fonctionnent-ils, comment les neutraliser ». Cette injonction résonne comme une critique voilée des approches parfois émotionnelles ou désordonnées qui ont pu caractériser la réponse nationale. Le Rwanda, acteur implacable selon lui, exige une contre-stratège tout aussi implacable, fondée sur l’intelligence et l’unité d’action.
La portée politique de cet appel est considérable. En convoquant l’idéal du patriotisme comme ciment national, Germain Kambinga place la barre très haut pour la classe dirigeante et la population. « La nation doit se rassembler autour d’un seul idéal, celui du patriotisme, défendre la dignité de notre pays », a-t-il déclaré. Mais derrière cette exhortation à l’union se cache une mise en garde subtile : les « distractions » et les « perceptions faciles » sont des luxes que le Congo ne peut plus se permettre. Le président du Centre joue ici un rôle de conscience nationale, rappelant que la bataille pour l’intégrité territoriale RDC est avant tout une bataille contre les divisions internes et les ambitions personnelles qui, selon ses mots, pourraient « supplanter le patriotisme ».
Le discours esquisse également une feuille de route exigeante pour l’année à venir. « L’année 2026 doit être une année de concentration, une année de travail, moins de distractions, moins de perceptions faciles, une année de rassemblement », a martelé Kambinga. Cette formulation, répétitive et volontairement austère, souligne l’urgence perçue. La « question de la guerre à l’Est », affirme-t-il, doit devenir « l’affaire de tous les Congolais », un mantra qui vise à transcender les clivages politiques et sociaux. Comment ne pas y voir une invite pressante adressée au gouvernement de Félix Tshisekedi, auquel il demande de « donner le meilleur d’eux-mêmes » selon la mission présidentielle ? La balle est ainsi renvoyée dans le camp du pouvoir, avec l’implicite que les résultats concrets seront attendus au tournant.
Quelles sont les implications de ce discours pour l’équilibre politique congolais ? En se posant en gardien de la flamme patriotique, Germain Kambinga positionne son mouvement, Le Centre, comme une force de proposition et de vigilance. Son appel à ne pas se laisser « distraire par ces Congolais perdus au bénéfice d’une nation qui a un chemin bien clair depuis 30 ans » est une charge à peine déguisée contre ceux qu’il estime complices ou naïfs face aux manœuvres rwandaises. Cette rhétorique, si elle fédératrice en apparence, pourrait aussi creuser des lignes de fracture au sein de l’échiquier politique, entre ceux qui adhèrent à cette vision de résistance totale et ceux qui prônent d’autres voies, diplomatiques ou militaires.
En définitive, le message de Germain Kambinga dépasse le simple cadre des vœux de fin d’année pour se muer en un manifeste politique. Il place la guerre Est RDC au centre de tous les enjeux nationaux et en fait le critère ultime de légitimité. La route vers la « puissance dans la sous-région » et la récupération pleine et entière de l’intégrité territoriale RDC passe, dans son analyse, par une mutation profonde de la société congolaise : plus unie, plus informée, plus intraitable. L’année 2026 s’annonce donc comme un test crucial, non seulement sur le front militaire face au M23 Rwanda, mais aussi sur le front intérieur de la cohésion nationale. Le pari de Kambinga est que seule une résistance congolaise renouvelée et intelligente permettra de relever ce double défi. L’histoire jugera si cet appel a été entendu ou s’il se sera perdu dans le bruit des ambitions personnelles qu’il dénonce.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
