Dans un geste humanitaire significatif, l’équipe médicale du contingent marocain de la MONUSCO a récemment prodigué des soins médicaux gratuits à la prison centrale de Bunia, en Ituri. Pas moins de 148 détenus, parmi lesquels des enfants, des femmes et des hommes, ont pu bénéficier de consultations approfondies. Cette action humanitaire en milieu carcéral met en lumière les défis permanents de la santé carcérale en RDC et l’importance cruciale de partenariats pour y remédier. Comment la promiscuité et les conditions d’hygiène précaires influencent-elles la santé des personnes incarcérées ? Cette opération apporte des éléments de réponse tout en offrant un répit vital.
Le contingent marocain de la MONUSCO, en collaboration avec l’unité d’appui à l’administration pénitentiaire, n’a pas seulement consulté les patients. Il a également remis un stock conséquent de médicaments essentiels, destiné à la prise en charge de près de deux mille détenus pour une durée estimée à deux mois. Selon le directeur de l’établissement, Camille Zonzi, ce don est une bouffée d’oxygène pour une infrastructure souvent dépassée par les besoins. « Ce lot permettra de soigner environ deux mille détenus pendant deux mois », a-t-il souligné, saluant un geste qui va bien au-delà d’une simple visite.
Les diagnostics posés lors de ces soins médicaux en prison à Bunia dressent un tableau éloquent des pathologies courantes en milieu carcéral. Chez les femmes, les infections urinaires et gynécologiques sont fréquentes. Pour les vulgariser, on peut les comparer à des incendies localisés dans le système génito-urinaire, souvent attisés par le manque d’accès à une hygiène intime adéquate. Les enfants, quant à eux, ont principalement présenté des gastrites – des inflammations de la paroi de l’estomac. Imaginez la muqueuse gastrique comme une peau interne qui s’irrite, fréquemment à cause d’une alimentation inadaptée ou du stress carcéral. Chez les hommes, des cas de hernie ont été identifiés, une condition où un organe traverse une paroi musculaire affaiblie, parfois exacerbée par des travaux forcés ou un manque de soins préventifs.
Parmi ces cas, deux ont été jugés suffisamment graves pour être référés à l’Hôpital général de référence de Bunia, illustrant la limite des interventions ponctuelles et le besoin de circuits de soins robustes. Un détenu souffrant de violents maux de dents a exprimé sa profonde satisfaction après le traitement. Ce simple soulagement dentaire rappelle que la douleur, en prison, est souvent silencieuse et négligée. L’opération a donc rempli un rôle à la fois curatif et symbolique, offrant une reconnaissance humaine à une population habituellement invisible.
Mais l’équipe médicale a aussi tiré la sonnette d’alarme sur un fléau moins visible : la prolifération de mycoses. Ces infections fongiques de la peau, comparables à des moisissures tenaces sur un mur humide, sont directement liées aux mauvaises conditions d’hygiène et à la promiscuité régnant dans la prison. En milieu confiné, où le partage d’objets et le contact physique sont constants, les champignons trouvent un terrain de propagation idéal. Sans une hygiène corporelle et environnementale stricte, ces infections peuvent devenir chroniques, affaiblissant davantage la santé des détenus et surchargeant un système de soins déjà fragile.
Consciente de ce cercle vicieux, l’équipe a profité de sa mission pour mener une séance de sensibilisation sur les bonnes pratiques d’hygiène. Des recommandations pratiques, comme le lavage régulier des mains avec du savon, le séchage soigneux de la peau, ou l’aération des cellules dans la mesure du possible, ont été transmises. Agir sur la prévention est essentiel pour réduire l’incidence de nombreuses maladies en prison. Cette dimension éducative complète l’aspect curatif et vise à laisser un impact durable au-delà de la distribution de médicaments.
Cette initiative du contingent marocain de la MONUSCO s’inscrit dans une problématique plus large de la santé carcérale en RDC. Les prisons du pays, souvent surpeuplées et sous-équipées, constituent des foyers potentiels d’épidémies. Des actions humanitaires ponctuelles, bien que vitales, ne suffisent pas. Elles doivent s’accompagner d’un renforcement structurel des services de santé pénitentiaires et d’une coordination accrue avec les autorités sanitaires nationales. La santé des détenus n’est pas seulement une question éthique ; c’est un enjeu de santé publique, car les pathologies contractées en prison peuvent se répandre à l’extérieur lors des libérations ou des visites.
En conclusion, l’offre de soins médicaux gratuits à Bunia est une lueur d’espoir qui expose aussi les failles du système. Elle démontre l’utilité du déploiement d’expertise médicale via les missions de maintien de la paix. Pour les détenus, c’est un répit tangible. Pour les autorités, c’est un rappel des efforts nécessaires pour garantir le droit fondamental à la santé pour tous, y compris derrière les barreaux. La route est longue, mais chaque consultation, chaque médicament distribué, et chaque conseil d’hygiène prodigué représente un pas vers une dignité retrouvée et une santé mieux préservée en République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
