Le visage ruisselant de sueur, Jean-Bosco, enseignant à l’institut de la Gombe, consulte une nouvelle fois sa montre avec anxiété. « Je suis bloqué ici depuis plus de deux heures. Ma voiture ne bouge pas d’un pouce. Je vais encore rater mes cours, et mes élèves m’attendent », lâche-t-il, épuisé. Cette scène, des milliers d’habitants de Matadi, chef-lieu du Kongo Central, la vivent quotidiennement, prisonniers d’embouteillages monstres qui paralysent la ville et empoisonnent la vie urbaine. La situation n’est plus une simple nuisance, mais un véritable calvaire qui grignote le temps, l’énergie et la santé des Matadiens.
Sur l’axe principal menant au port, le spectacle est apocalyptique. Une marée de véhicules, essentiellement des camions poids lourds aux remorques interminables, s’étire à perte de vue. Leur grondement assourdissant se mêle aux cris des vendeurs à la sauvette qui ont investi la chaussée, transformant les voies de circulation en marché improvisé. Le trafic à Matadi est bloqué de manière quasi-permanente, créant un chaos où chacun se bat pour gagner quelques centimètres. « Les taxis s’arrêtent n’importe où, n’importe comment pour embarquer ou déposer des clients, aggravant encore la paralysie », témoigne Marie, commerçante. Cette anarchie illustre un problème structurel : l’absence criante de régulation routière et d’aménagement adapté à l’explosion du volume de véhicules.
Les causes de ces embouteillages à Matadi sont multiples et s’emboîtent comme un puzzle infernal. L’activité frénétique du port de Matadi, poumon économique de la région, génère un flux incessant de poids lourds qui traversent la ville. À cela s’ajoute une occupation anarchique de l’espace public. Les trottoirs, quand ils existent, sont colonisés par des étals, forçant les piétons à se risquer sur la chaussée, au péril de leur vie, ce qui perturbe davantage la circulation dans le Kongo Central. Un cercle vicieux parfait où l’insécurité routière augmente avec la congestion. Comment une ville peut-elle fonctionner quand ses artères principales sont obstruées ?
Les conséquences sur la vie urbaine à Matadi sont profondes et usantes. Au-delà des retards systématiques au travail, à l’école ou à l’église, c’est un stress permanent qui s’est installé. Rester coincé sous un soleil de plomb, dans un habitacle surchauffé, pendant des heures, use les nerfs et la santé. « On part le matin sans savoir si on rentrera le soir à une heure normale. Cela affecte notre vie de famille, notre productivité, tout simplement notre joie de vivre », confie un agent de la fonction publique. Les problèmes de transport en RDC trouvent ici une de leurs expressions les plus criantes, révélant le fossé entre le développement économique portuaire et les infrastructures urbaines défaillantes.
La question qui brûle toutes les lèvres est : jusqu’à quand ? Ces embouteillages monstres ne sont pas une fatalité. Ils sont le symptôme d’un manque de vision et de planification urbaine. Des solutions existent : création de voies dédiées pour les poids lourds, réaménagement des marchés, application stricte du code de la route, mise en place d’un système de transport en commun efficace. Mais leur mise en œuvre nécessite une volonté politique ferme et une coordination entre les différents acteurs. La ville de Matadi, vitale pour l’économie nationale, mérite mieux que cet étouffement quotidien. L’enjeu dépasse la fluidité du trafic ; il touche à la dignité et au bien-être de ses habitants. L’heure n’est plus aux constats, mais à l’action. Le temps perdu dans les bouchons, c’est du temps volé à la vie, au développement et à la paix sociale d’une ville qui ne demande qu’à respirer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
