29.2 C
Kinshasa
dimanche, novembre 30, 2025

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéPolitiqueLualaba : suspension des motions de défiance contre la gouverneure, stabilité ou...

Lualaba : suspension des motions de défiance contre la gouverneure, stabilité ou recul démocratique ?

Dans un contexte politique tendu, l’Assemblée provinciale du Lualaba a pris une décision pour le moins singulière lors d’une plénière tenue ce vendredi 28 novembre à Kolwezi. Douze députés sur les vingt-quatre que compte l’institution ont adopté une résolution suspendant les pétitions, motions de défiance et de censure contre la gouverneure, son vice et l’ensemble du gouvernement provincial. Une mesure justifiée par la nécessité de maintenir la stabilité des institutions provinciales face aux défis sécuritaires, mais qui interroge sur l’équilibre des pouvoirs dans la province.

Le vice-président de l’Assemblée et président de séance, Archimède Kalasa, a présenté cette initiative comme relevant des instructions du vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani. « La Haute autorité nationale tient à maintenir la stabilité des institutions nationales face aux défis sécuritaires actuels », a-t-il déclaré, évoquant la « détermination de stabiliser les institutions provinciales dans cette période où notre pays est confronté à la guerre d’agression qui nous est imposée par le Rwanda ». Une justification qui, si elle répond à des impératifs sécuritaires réels, n’en soulève pas moins des questions sur l’autonomie décisionnelle de l’Assemblée provinciale.

La lecture intégrale de la résolution par le député Marcelle Yava Maseka, rapporteur de la commission ad hoc, a confirmé la portée de cette mesure : « Est suspendue, en vue d’assurer la stabilité et la cohésion des institutions de la province du Lualaba pendant la période des conflits armés, les pétitions de déchéance des membres du bureau, de la gouverneure et de son vice… » Cette formulation laisse planer un doute sur la durée effective de cette suspension et les conditions de son éventuelle levée.

Le vote, effectué par appel nominal, a révélé des divisions au sein de l’hémicycle. Sur les douze députés présents, dix ont approuvé la résolution, deux s’y sont opposés, tandis qu’une abstention particulière a été enregistrée. Particularité notable : l’abstention d’un député de l’opposition qui n’était même pas présent dans la salle, comme l’a rapporté le député Webber Shimata. Cette situation soulève des interrogations sur les pratiques démocratiques au sein de l’Assemblée provinciale Lualaba et la représentativité réelle des décisions prises.

Comment interpréter cette décision dans le contexte plus large de la gouvernance provinciale ? La suspension des pétitions et motions de défiance représente-t-elle une mesure de circonstance justifiée par l’urgence sécuritaire, ou marque-t-elle un recul des mécanismes de contrôle démocratique ? La référence explicite aux instructions ministérielles ne risque-t-elle pas d’affaiblir la légitimité de l’Assemblée en tant qu’organe délibérant autonome ?

Rappelons que l’Assemblée provinciale constitue l’organe délibérant de la province, chargé de représenter le peuple, de légiférer et de contrôler l’exécutif. La résolution adoptée modifie temporairement cet équilibre institutionnel, concentrant davantage de pouvoir entre les mains de l’exécutif provincial. Cette évolution, si elle se pérennise, pourrait avoir des conséquences durables sur la dynamique politique locale et la capacité des députés à exercer leur mandat de contrôle.

La stabilité des institutions provinciales est certes un objectif louable, particulièrement dans un contexte sécuritaire dégradé. Mais cette stabilité doit-elle se faire au prix d’une restriction temporaire des outils démocratiques ? La réponse apportée par l’Assemblée provinciale Lualaba, sous couvert d’instructions ministérielles, pourrait créer un précédent fâcheux pour les autres provinces confrontées à des défis similaires.

À plus long terme, cette décision interroge sur la résilience des institutions démocratiques congolaises face aux crises. Le renforcement des institutions passe-t-il nécessairement par la limitation temporaire des contre-pouvoirs ? Ou cette approche ne risque-t-elle pas d’affaiblir durablement la confiance des citoyens dans leurs représentants ? La résolution de l’Assemblée Lualaba, si elle apaise peut-être temporairement les tensions politiques, soulève des questions fondamentales sur l’équilibre entre sécurité et démocratie dans la gouvernance provinciale.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 29 Novembre 2025

Crise sanitaire à Fizi, flambée du carburant à Mbuji-Mayi, alertes sur la sécurité à l'Est et enjeux régionaux sur les minerais : Le Brief du Jour du 29 novembre 2025 vous livre, en 3 minutes, l’essentiel de l’actualité congolaise. À lire absolument pour rester informé et prendre la mesure des défis du pays.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques