Dans la grande salle de la paroisse Notre-Dame du Très Saint Rosaire de Kisangani, une atmosphère particulière régnait ce samedi 29 novembre. Des visages marqués par le temps mais illuminés d’un espoir retrouvé assistaient à la présentation d’un bilan qui sonne comme une première étape vers la guérison des blessures infligées par la guerre des six jours.
Mgr Marcel Utembi Tapa, archevêque de Kisangani, dévoilait devant la presse le détail de l’utilisation des premiers fonds reçus du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO). Comment une Église meurtrie parvient-elle à renaître de ses cendres grâce à cette indemnisation FRIVAO tant attendue ?
Le montant de deux millions cinq cent mille dollars américains a été intégralement consacré à la réhabilitation des infrastructures ecclésiales endommagées pendant ce conflit qui a profondément marqué la mémoire collective kinoise. « La répartition des fonds, la passation des marchés, ainsi que le suivi technique et financier ont été effectués selon des critères objectifs », a souligné Mgr Leonard Ndjadi Ndjate, président de la commission ad hoc mise en place pour gérer cette délicate mission.
Cette commission, travaillant avec une transparence exemplaire, a d’abord recensé toutes les entités affectées par la guerre des six jours à Kisangani avant d’établir un plan de répartition équitable. Les travaux de réhabilitation des infrastructures ont pu commencer sur plusieurs sites emblématiques de l’Église catholique dans la région, apportant un souffle nouveau à des lieux de culte qui avaient subi les affres des combats.
Mais au-delà des pierres et du ciment, que représente véritablement cette réhabilitation pour une communauté qui a tout perdu ? Pour Marie, fidèle de la paroisse Saint-Pierre, ces reconstructions symbolisent bien plus qu’un simple bâtiment : « Quand je vois notre église retrouver sa beauté d’antan, c’est comme si nos âmes aussi se reconstruisaient petit à petit. La guerre nous avait tout pris, même notre dignité. Aujourd’hui, nous retrouvons l’espoir. »
Mgr Utembi se montre mesuré dans son optimisme : « À travers ce rapport, nous constatons que l’essentiel du travail a été accompli à la quasi-satisfaction des bénéficiaires et des fidèles de l’Église, famille de Dieu, présente à Kisangani. Les travaux ne sont certes pas terminés, mais l’essentiel a déjà été réalisé. » Ces mots résonnent comme un aveu : le chemin vers une complète guérison reste long, mais les premiers pas ont été franchis.
La projection vidéo présentée lors de la conférence de presse a offert aux journalistes un témoignage visuel poignant de l’ampleur des travaux entrepris. On y voyait des églises retrouvant leur clocher, des centres paroissiaux reprenant vie, des écoles rouvrant leurs portes à des générations d’enfants qui n’ont connu la guerre qu’à travers les récits de leurs aînés.
Cette indemnisation collective de l’Église catholique de Kisangani représente-t-elle un tournant dans le processus de réconciliation nationale ? Le Fonds réparation Ouganda parvient-il véritablement à panser les plaies d’un conflit qui a déchiré toute une région ? Les réponses sont encore en construction, tout comme les édifices qui renaissent progressivement dans le paysage urbain kinois.
Le travail de la commission, salué pour son professionnalisme et son abnégation, ouvre la voie à d’autres initiatives de reconstruction. Les pièces justificatives des actes administratifs et financiers seront annexées au rapport final, garantissant ainsi une traçabilité complète de l’utilisation des fonds versés dans le cadre de cette indemnisation FRIVAO historique.
Alors que le soleil se couchait sur Kisangani ce samedi soir, une question demeurait dans l’esprit de nombreux observateurs : cette reconstruction matérielle suffira-t-elle à effacer les séquelles morales laissées par la guerre des six jours ? La réponse se construira jour après jour, au rythme des prières dans les églises restaurées et du retour à la normale dans une région qui aspire profondément à la paix durable.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
