Depuis une semaine, le pays s’enlise dans une spirale où le fracas des armes, l’errance des déplacés et l’essoufflement des institutions interpellent chaque citoyen. L’Est reste meurtri par les affrontements, l’Ouest s’inquiète des Mobondo, tandis que la défiance politique s’installe de Kinshasa jusqu’aux provinces. Qu’ont produit, à ce jour, les médiations internationales, les annonces gouvernementales et les promesses de dialogue ? Face à la répétition du chaos, notre société exige plus que des mots : elle réclame un sursaut sincère et efficace.
Les titres parus cette semaine dressent un portrait accablant de la situation nationale : massacres quotidiens au Sud-Kivu et au Nord-Kivu, déplacements forcés orchestrés par le M23, villages incendiés à la suite d’exactions communautaires ou de pillages militaires, attaques meurtrières de coupeurs de route dans le Haut-Uélé, violences intercommunautaires, inondations, crise du carburant au Kasaï — le tableau est sombre et s’étend d’un bout à l’autre de la RDC. À ces drames humains s’ajoutent les échos d’un blocage institutionnel persistant : motions de défiance contre les gouverneurs, blocages dans la gestion des budgets provinciaux, rapports accablants sur la corruption à Kinshasa et l’inefficience fiscale. La justice, quant à elle, dénonce l’explosion du surpeuplement carcéral et l’incapacité à enrayer l’impunité policière et militaire.
La semaine écoulée a aussi confirmé l’impuissance des processus de paix récents – qu’il s’agisse de l’accord de Doha, des négociations de Washington, ou du ballet diplomatique entretenu par les puissances africaines et l’ONU. L’AFC/M23 continue d’étendre son emprise, la population du Nord et du Sud-Kivu reste sous le joug de groupes armés, et à l’Ouest, les Mobondo imposent leur ordre dans un silence préoccupant des pouvoirs publics. Les acteurs de la société civile, des confessions religieuses aux collectifs citoyens, comme la pétition de l’ADIR, n’ont eu de cesse d’appeler à un dialogue national sincère et inclusif. Mais à mesure que s’accumulent les échecs politiques, la lassitude et la colère s’emparent des Congolais : où est passé l’État de droit ? Quand verrons-nous l’efficacité promise et la protection des plus vulnérables ?
L’urgence humanitaire, elle, se double d’une crise de confiance. MSF s’alarme sur les milliers de victimes de paludisme et de choléra à Fizi, des affaires de détournement au détriment des déplacés ou victimes de guerre font éclater au grand jour la défiance envers les institutions. Dans un climat social tendu, la hausse des prix du carburant, la spéculation sur le maïs, la paralysie des transports et l’effondrement de pans entiers d’infrastructures (routes, écoles, réseaux d’eau) aggravent le mal-vivre général. L’Est du pays concentre 80 % des violations contre la presse selon Journaliste en Danger, symbole d’un État sans contrôle effectif sur ses territoires.
À cela, il faut ajouter les conséquences du désengagement international, incarné par la fermeture de bureaux UNICEF ou l’échec de plans humanitaires massifs — cinq millions de réfugiés et quatorze millions de déplacés sont désormais abandonnés à leur sort, selon le HCR. Pourtant, chaque jour, des voix s’élèvent : jeunes du Haut-Katanga plaidant pour l’écologie et l’inclusion, femmes et leaders religieux appelant à briser les chaînes de la violence et des discriminations, politiciens lançant des alertes sur la nécessité de restaurer la confiance dans l’État.
Ce panorama exige un sursaut collectif. Il ne suffit plus de dénoncer : les institutions doivent engager une refonte profonde — en garantissant la transparence, la redevabilité et l’efficacité du service public, en adoptant des mesures d’urgence pour protéger les populations, et en inscrivant la voix de la société civile et des régions dans la gestion de l’État. Les médiations extérieures ne peuvent se substituer à la volonté nationale – l’heure est venue de restaurer une souveraineté responsable et efficace.
Le pays est à la croisée des chemins. Laisser l’Est s’embraser, l’Ouest s’enfoncer dans la défiance et la corruption miner l’appareil d’État, c’est accepter la fatalité du chaos. Au contraire, choisir le sursaut national, c’est redonner sens au mot « congolais » : une société debout, solidaire, capable de se réinventer et d’imposer à ses dirigeants la rigueur, la probité et l’efficacité que le peuple exige. L’heure des faux dialogues est révolue : seuls l’Engagement, le courage politique et la justice pour toutes et tous ouvriront la voie du salut.
— La Rédaction de CongoQuotidien
