Le bruit des moteurs a cédé la place au silence menaçant des fourgons municipaux. Sur le boulevard Lumumba à Limete, des dizaines de propriétaires de véhicules se précipitent ce vendredi 28 novembre pour récupérer leurs biens avant qu’il ne soit trop tard. « J’ai appris la nouvelle par des voisins et j’ai immédiatement quitté mon travail », confie Jean, propriétaire d’un minibus stationné depuis six mois le long de cette artère stratégique. « Maintenant, je ne sais pas où garer mon gagne-pain ».
La décision des autorités kinoises est sans appel : tous les véhicules stationnés anarchiquement sur les emprises du boulevard Lumumba doivent être retirés immédiatement, sous peine d’être transférés à la fourrière. Cette opération de déguerpissement massif, orchestrée par le ministre provincial de l’Environnement Léon Mulumba sur instruction du gouverneur Daniel Bumba, vise à libérer les espaces publics transformés en parkings pirates pour grands cars.
Mais derrière cette mesure d’assainissement se cache une réalité plus complexe. Comment en est-on arrivé à cette situation de stationnement anarchique qui paralyse progressivement la mobilité urbaine ? Pourquoi les opérations précédentes n’ont-elles pas suffi à résoudre définitivement ce problème d’encombrement des espaces publics ?
« Ces épaves automobiles ne nuisent pas seulement à l’esthétique de notre capitale », explique un habitant du quartier. « Elles créent des embouteillages monstres et deviennent des refuges pour les malfaiteurs la nuit venue ». La frustration est palpable parmi les riverains, qui voient leur cadre de vie se dégrader année après année.
Pourtant, la solution n’est pas simple. Marie, vendeuse ambulante, observe la scène avec inquiétude : « Beaucoup de ces conducteurs n’ont tout simplement pas d’autre endroit où stationner. Les parkings officiels sont rares et chers ». Cette réalité met en lumière le défi urbanistique auquel fait face Kinshasa, où l’offre d’infrastructures de stationnement n’a pas suivi la croissance exponentielle du parc automobile.
Les opérations d’évacuation se succèdent mais le phénomène persiste, créant un cycle infernal de déguerpissement et de réinstallation sauvage. Cette situation pose une question fondamentale : jusqu’à quand la ville de Kinshasa continuera-t-elle à traiter les symptômes sans s’attaquer aux causes profondes du problème ?
L’enjeu dépasse la simple propreté publique. Il touche à l’aménagement urbain, à la mobilité durable et à la qualité de vie des Kinois. La libération des emprises publiques le long du boulevard Lumumba représente un test crucial pour les autorités municipales. Sa réussite ou son échec pourrait déterminer l’avenir de nombreuses autres artères de la capitale confrontées aux mêmes défis de stationnement anarchique et d’encombrement des espaces publics.
Alors que les premiers véhicules commencent à être remorqués vers la fourrière de Kinshasa, une certesse s’impose : sans alternatives viables et une vision urbanistique à long terme, ces opérations de déguerpissement risquent de n’être que des solutions temporaires à un problème structurel profond.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
