Alors que les États-Unis et le Qatar dominent les efforts de médiation dans l’Est de la République démocratique du Congo, le Togo, médiateur désigné par l’Union africaine, prépare un retour en force avec l’organisation d’une réunion de haut niveau prévue le 17 janvier 2026 à Lomé. Cette initiative togolaise survient dans un contexte où la médiation Togo RDC peinait à s’imposer face au leadership américain dans la résolution de la crise sécuritaire Est Congo.
Le département d’État américain a salué dans son communiqué du 20 novembre 2025 l’initiative togolaise, reconnaissant ainsi le rôle que Lomé entend jouer dans la consolidation du processus paix Grands Lacs. Les membres du mécanisme conjoint de coordination en matière de sécurité (JSCM) ont exprimé leur gratitude au Togo pour son engagement à accueillir cette réunion haut niveau Lomé, perçue comme une opportunité cruciale pour renforcer la confiance entre les parties prenantes.
Comment le Togo parviendra-t-il à imposer sa médiation face aux grandes puissances internationales déjà engagées dans la région ? La question se pose alors que Lomé entend précisément « faire bouger les lignes » selon les termes utilisés par la diplomatie togolaise. Cette ambition se concrétise par l’organisation de la réunion de janvier 2026, qui intervient quelques mois après la conférence de Paris du 30 octobre 2025, où la France avait mobilisé plus de 1,5 milliard d’euros pour soutenir les populations vulnérables de la région.
La nomination du président Faure Essozimna Gnassingbé comme médiateur de l’Union africaine, succédant à João Lourenço de l’Angola, marque une étape significative dans l’implication continentale dans la résolution de cette crise. Le Bureau de l’UA a validé cette proposition après des consultations préalables avec le chef de l’État togolais, démontrant ainsi la volonté de l’organisation panafricaine de renforcer son leadership dans la gestion des crises internes au continent.
Le défi pour le médiateur togolais reste considérable, devant composer avec la complexité du conflit opposant la RDC au Rwanda, accusé de soutenir la rébellion du M23. La nouvelle équipe de facilitation, comprenant d’éminentes personnalités africaines comme Uhuru Kenyatta du Kenya et Olusegun Obasanjo du Nigeria, devra coordonner ses efforts avec les initiatives américaines et qataries, ainsi qu’avec la mise en œuvre de l’accord Washington RDC signé le 27 juin 2025.
La réunion de Lomé s’inscrit dans une séquence diplomatique intense où se multiplient les initiatives parallèles. La France, par sa conférence d’octobre 2025, a non seulement abordé l’urgence humanitaire mais aussi souligné l’importance de l’intégration économique régionale comme levier essentiel pour une paix durable. Cette approche multidimensionnelle répond-elle aux attentes des populations affectées par des années de conflit dans l’Est congolais ?
Les observateurs régionaux s’interrogent sur la capacité du Togo à fédérer l’ensemble des acteurs autour d’une vision commune. La crédibilité de la médiation togolaise reposera sur sa capacité à établir des ponts entre les différentes initiatives en cours et à garantir la cohérence des approches. La participation américaine à la réunion de janvier 2026, explicitement mentionnée dans le communiqué du département d’État, représente un atout majeur pour Lomé.
Le processus de paix dans les Grands Lacs africains traverse ainsi une phase de recomposition géopolitique significative. Alors que les États-Unis conservent un rôle prépondérant dans le suivi de l’accord de Washington, le Togo tente de positionner l’Union africaine comme acteur incontournable de la résolution du conflit. La réussite de cette entreprise dépendra de la capacité des médiateurs africains à créer une dynamique inclusive, associant toutes les parties prenantes régionales et internationales.
La prochaine réunion de Lomé constituera donc un test décisif pour la diplomatie togolaise et plus généralement pour le leadership africain dans la résolution des crises continentales. Les populations de l’Est de la RDC, premières concernées par ces initiatives diplomatiques, attendent des actes concrets pouvant mettre fin à des décennies d’instabilité et de violence. La coordination entre les différentes médiations et la mise en œuvre effective des engagements pris restent les principaux défis à relever pour espérer une paix durable dans la région des Grands Lacs.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
