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Sama Lukonde dénonce un « génocide silencieux » à la Conférence des parlements africains

Dans un plaidoyer aussi poignant que politiquement calculé, le Président du Sénat congolais Sama Lukonde a transformé la tribune de la 47e Conférence des présidents des parlements d’Afrique en véritable chambre de résonance pour la tragédie qui se joue dans l’Est de la République démocratique du Congo. Face à une assemblée de parlementaires africains, le leader sénatorial a dépeint avec une gravité mesurée ce qu’il n’hésite pas à qualifier de « génocide silencieux », une expression qui résonne comme un aveu d’échec de trois décennies de politiques sécuritaires.

La Conférence des parlements africains, organisée sous l’égide de l’Union des parlementaires africains, se tient dans un contexte où la communauté internationale semble progressivement s’accoutumer à la chronicité des violences dans l’Est congolais. Le discours de Sama Lukonde apparaît ainsi comme une tentative de réveiller des consciences parlementaires souvent plus préoccupées par des enjeux nationaux que par les crises transnationales. Comment expliquer que cette région continue de s’enfoncer dans l’horreur malgré les multiples initiatives de paix ? La réponse semble se nicher dans l’incapacité des mécanismes régionaux à imposer une solution durable.

Les chiffres avancés par le Président du Sénat congolais donnent la mesure du drame : des millions de morts, près de 7 millions de déplacés internes, des générations sacrifiées sur l’autel de convoitises économiques et géostratégiques. Cette litanie macabre interpelle d’autant plus qu’elle émane d’une institution parlementaire traditionnellement mesurée dans ses prises de position. En évoquant explicitement le « génocoste » – ce génocide à motivation économique – Sama Lukonde opère un glissement sémantique lourd de conséquences politiques. Ne s’agit-il pas là d’une stratégie délibérée pour forcer une reconnaissance internationale du caractère systématique des violences ?

L’appel à soutenir les processus de paix en cours, notamment le processus de Washington entre la RDC et le Rwanda et celui de Doha avec le groupe M23, révèle la complexité du jeu diplomatique dans la région. Le Président du Sénat mise sur la diplomatie parlementaire comme levier d’influence, mais ne risque-t-il pas de se heurter aux réalités géopolitiques qui dépassent souvent le cadre des institutions législatives ? La référence à la résolution 2773 des Nations Unies apparaît comme un rappel à l’ordre adressé aux parlements africains, les enjoignant à se saisir davantage des instruments juridiques internationaux.

La proposition de transformer les parlements en « laboratoires de solutions adaptées aux réalités africaines » constitue sans doute l’aspect le plus novateur du discours. Sama Lukonde semble conscient que la résolution de la crise congolaise passe par une refonte des mécanismes décisionnels continentaux. Cette vision ambitionne de repenser la gouvernance parlementaire africaine au-delà des simples déclarations d’intention. Mais cette ambition se heurtera nécessairement aux souverainetés nationales et aux équilibres régionaux préexistants.

La réponse de l’Union des parlementaires africains, par la voix de son Vice-président Abdoul Esikiye, a témoigné d’une solidarité de circonstance, étendue également au Soudan voisin. Pourtant, on peut s’interroger sur la capacité réelle de cette institution à peser sur le cours des événements. Les parlements africains disposent-ils des moyens nécessaires pour contraindre leurs exécutifs respectifs à une action concertée ? L’histoire récente des crises continentales suggère plutôt une limitation structurelle de leur influence.

Alors que cette 47e conférence s’achève sur des engagements renouvelés, la véritable question demeure : ces beaux discours parlementaires se traduiront-ils en actions concrètes ou resteront-ils lettres mortes comme tant d’autres déclarations passées ? La crédibilité des institutions parlementaires africaines se joue aujourd’hui dans leur capacité à apporter des réponses tangibles à la crise sécuritaire qui mine la région des Grands Lacs. Le temps n’est plus aux vœux pieux mais à l’action déterminée, sous peine de voir s’installer durablement l’idée d’une impuissance parlementaire face aux défis sécuritaires du continent.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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