Dans une déclaration à la fois ferme et révélatrice, le président Félix Tshisekedi a tracé une ligne rouge infranchissable lors du deuxième congrès de l’Union sacrée de la nation. Le chef de l’État congolais a brandi l’étendard de la souveraineté nationale en exigeant un dialogue national exclusivement congolais, rejetant toute ingérence extérieure dans les affaires internes de la République Démocratique du Congo. Cette position, affichée sans ambages, interroge sur la marge de manœuvre réelle des initiatives de paix concurrentes.
« Aucune initiative de dialogue ne peut se faire en dehors de ma propre initiative », a martelé le président, dans un discours où la verticalité du pouvoir s’est exprimée avec une clarté déconcertante. Cette affirmation sonne comme un avertissement à l’adresse des multiples acteurs, nationaux et internationaux, qui tentent de s’imposer comme facilitateurs dans la résolution de la crise qui secoue l’est du pays. Le message est sans équivoque : le palais de la Nation reste le seul maître du jeu politique congolais.
Mais derrière cette affirmation d’autorité se cache une réalité autrement plus complexe. Alors que le président congolais défend sa vision du dialogue, les confessions religieuses viennent de publier une feuille de route détaillée pour la paix. Ce plan, structuré en quatre phases distinctes, propose une approche méthodique allant du renforcement de la confiance à une conférence internationale sur la paix dans la région des Grands Lacs. Comment cette initiative sera-t-elle conciliée avec la vision présidentielle d’un dialogue sous contrôle exclusif de l’exécutif ?
La situation sécuritaire au Nord-Kivu ajoute une urgence dramatique à ces joutes politiques. Les quartiers de Goma, encore tremblants après une nuit de violents affrontements entre l’AFC M23 et les miliciens Wazalendo, rappellent que la théorisation politique se heurte à la réalité brutale des armes. Les récentes avancées rebelles vers Pinga, cité stratégique du territoire de Walikale, dessinent une carte militaire mouvante qui défie les proclamations de souveraineté.
Le président Tshisekedi a fustigé avec véhémence « les Congolais qui sont inféodés au diktat des pays voisins », les rendant responsables du pillage des ressources naturelles et du retard de développement du pays. Cette rhétorique, qui polarise le débat entre patriotes et traîtres, risque-t-elle d’entraver la recherche d’une paix inclusive ? La feuille de route des confessions religieuses, portée par la CENCO et l’ECC, semble pourtant privilégier une approche plus consensuelle, englobant majorité, opposition et société civile.
Alors que Pretoria s’apprête à accueillir une rencontre entre le pouvoir, l’opposition et l’AFC/M23 sous l’égide de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, la position intransigeante de Kinshasa concernant un dialogue sans facilitateur étranger pose question. Le chef de l’État congolais joue-t-il une partition isolée ou orchestre-t-il une stratégie plus subtile de rapport de force diplomatique ?
La réponse se jouera peut-être dans les prochaines semaines, alors que la population du Nord-Kivu vit dans l’incertitude permanente, entre accalmies précaires et reprises des combats. Les autorités coutumières du groupement Kisimba appellent à la vigilance face à l’avancée rebelle, un rappel cru que les discours politiques, quels qu’ils soient, doivent rapidement se traduire en actions concrètes sur le terrain. Le temps presse, et la crédibilité du leadership congolais se mesure à l’aune de sa capacité à transformer les déclarations en paix tangible.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd