Au cœur de la scène culturelle congolaise, un silence assourdissant règne là où devraient retentir les échos d’une création artistique florissante. Depuis plus d’une décennie, la gestion des droits d’auteur en République démocratique du Congo navigue dans des eaux troubles, minée par des conflits internes et une opacité délétère. Comment expliquer que le pays aux mille rythmes, berceau de talents musicaux mondialement reconnus, peine à offrir à ses artistes les protections élémentaires dont ils devraient bénéficier ?
La SOCODA, née d’une ordonnance présidentielle en 2011, devait incarner l’espoir d’une gestion collective modernisée et équitable. Pourtant, loin de remplir cette mission, elle s’est enlisée dans des querelles de leadership et une défiance généralisée. Les créateurs congolais, ces artisans de l’imaginaire et de la beauté, se retrouvent démunis face à un système qui devait les soutenir. Leurs œuvres, vibrant au rythme des tambours ou s’élevant par la poésie des mots, méritent mieux qu’un cadre juridique cacophonique et inefficace.
La réforme des droits d’auteur en RDC ne saurait se contenter de mesures cosmétiques. Elle exige une refonte profète, portée par la volonté politique et l’exigence éthique. Lors du Conseil des ministres d’avril 2025, la ministre Yolande Elebe Ma Ndembo a rappelé l’urgence de cette situation. Les artistes congolais, découragés, se tournent vers des sociétés étrangères, privant ainsi le pays de revenus essentiels et fragilisant notre patrimoine culturel.
Une solution se dessine pourtant : la création d’une société publique nationale, transparente et inclusive. Imaginez une structure où la digitalisation permettrait un suivi en temps réel des droits, où chaque artiste – musicien, écrivain, peintre – trouverait sa place. Une institution garante de l’intérêt général, capable de rétablir la confiance et de nouer des partenariats internationaux solides. La réciprocité avec des organismes comme la CISAC ou l’OMPI deviendrait alors possible, offrant aux créateurs congolais une visibilité et une rémunération à la hauteur de leur talent.
Les enjeux dépassent largement le cadre administratif. Il s’agit de valoriser l’âme congolaise, de protéger celles et ceux qui portent notre culture bien au-delà des frontières. La musique congolaise, riche de ses harmonies et de son histoire, ne peut continuer à être otage de dysfonctionnements structurels. Une gestion collective renouvelée, pilotée par l’État, deviendrait le socle d’une économie culturelle dynamique et juste.
Le temps est venu de tourner la page de la SOCODA et d’écrire un nouveau chapitre, celui d’une institution publique tournée vers l’avenir. Les artistes congolais, ces veilleurs de nos rêves et de nos identités, méritent un système qui honore leur contribution. La culture n’est-elle pas le miroir d’une nation ? À nous de lui offrir un reflet digne de sa grandeur.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc