Alors que la rentrée scolaire du 1er septembre 2025 approche à grands pas, une épée de Damoclès plane sur les territoires de Masisi et Rutshuru au Nord-Kivu. Les enseignants de cette région en proie à de multiples défis annoncent une reprise des cours conditionnelle pour seulement deux semaines, ultimatum lancé au gouvernement pour régler des arriérés salariaux qui s’accumulent depuis plus de sept mois.
Comment expliquer qu’un pays qui se veut émergent laisse ses enseignants, piliers de l’avenir national, dans une précarité aussi alarmante ? La question mérite d’être posée alors que la Force Syndicale Nationale (Fosynat) tire la sonnette d’alarme sur une situation devenue intenable. Exaucé Bandu, porte-parole du syndicat, décrit une réalité glaçante : des formateurs incapables d’acheter un simple cahier ou un uniforme pour leurs propres enfants.
« C’est une désolation très grave qu’un agent de l’État, comme un enseignant formateur, manque un cahier ou un uniforme pour son enfant. C’est une honte », déplore-t-il. Cette honte, elle est partagée par des centaines d’éducateurs qui se demandent comment maintenir leur dignité tout en remplissant leur mission éducative.
Le malaise est profond et les griefs nombreux. Les enseignants dénoncent l’indifférence persistante du gouvernement malgré des mois de réclamations. La ministre de l’Éducation est particulièrement visée, accusée de fermer les yeux sur une crise qui mine le système éducatif de toute une région. Mais au-delà des personnalités, c’est tout un système de paiement qui est remis en cause.
Le recours à la Caritas pour le versement des salaires est vivement contesté, les syndicats l’accusant de détournements de fonds. Ils exigent une réforme en profondeur des mécanismes de paiement et une transparence totale dans la gestion des finances destinées à l’éducation.
Cette crise des arriérés de salaire des enseignants du Nord-Kivu s’inscrit dans un contexte déjà extrêmement fragile. La région fait face à des défis sécuritaires majeurs et des difficultés logistique qui compliquent davantage la situation. Comment assurer une éducation de qualité lorsque les enseignants travaillent dans l’angoisse permanente de ne pas pouvoir nourrir leur famille ?
Les conséquences sont déjà visibles : baisse de la motivation, absentéisme, et une qualité d’enseignement qui se dégrade inexorablement. Les élèves, véritables victimes collatérales de cette crise, voient leur droit à l’éducation compromis par des dysfonctionnements qui persistent année après année.
La grève des enseignants dans ces territoires risque de plonger le système éducatif dans le chaos total. Les syndicats lancent un appel pressant au gouvernement pour une action immédiate. Il ne s’agit plus simplement de régler des arriérés, mais de repenser entièrement les conditions de travail des enseignants et de valoriser leur statut.
La rentrée scolaire 2025 dans le Masisi et le Rutshuru représente un test crucial pour les autorités congolaises. Sauront-elles prendre la mesure de l’enjeu et éviter un blocage total de l’éducation dans ces régions ? L’avenir de milliers d’élèves et la stabilité sociale de toute une région en dépendent.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net