À Kisangani, un cri de détresse perce le silence académique. Les professeurs de l’Université de Kisangani (UNIKIS), piliers de l’enseignement supérieur congolais, brisent l’omerta sur leurs conditions de vie devenues intenables. Leur memorandum, dévoilé ce samedi 30 août, révèle une réalité glaçante : celle d’un corps enseignant meurtri par des années de négligence et d’humiliation systémique.
« Comment transmettre le savoir le ventre vide et le cœur lourd ? » s’interroge l’un des membres de l’association des professeurs, sous couvert d’anonymat. Ce témoignage poignant résume le malaise profond qui traverse la communauté académique de l’UNIKIS. Derrière les portes des amphithéâtres, ce sont des femmes et des hommes qui luttent quotidiennement pour préserver leur dignité face à un système qui semble les avoir oubliés.
Le document, porté par le président Jean-Pierre Lifoli et son comité, dresse un constat accablant. Les revendications des enseignants ne se limitent pas à des considérations salariales, mais dénoncent une marginalisation structurelle. Comment en est-on arrivé à cette situation où ceux qui forment l’élite de demain sont traités en parents pauvres de la nation ?
La colère des professeurs de l’UNIKIS trouve son paroxysme dans le comportement de certains anciens étudiants, aujourd’hui promus à de hautes fonctions. « Nos propres élèves, que nous avons formés avec abnégation, nous regardent aujourd’hui avec mépris », confie un professeur chevronné, la voix tremblante d’émotion. Cette amère constatation soulève une question fondamentale sur la valeur accordée à l’éducation dans notre société.
Les conditions sociales des enseignants de Kisangani reflètent-elles la priorité que nous accordons réellement à l’éducation ? Le memorandum met en lumière des situations dramatiques : des logements insalubres, des salaires de misère, un accès aux soins médicaux précaire. Autant de conditions qui transforment la vocation enseignante en un parcours du combattant quotidien.
L’association des professeurs de l’université de Kisangani ne se contente pas de dénoncer. Elle propose des solutions concrètes pour une revalorisation effective de la profession. Leurs droits, longtemps bafoués, doivent selon eux être au centre d’une réforme urgente du système universitaire congolais. Mais au-delà des revendications matérielles, c’est une reconnaissance symbolique qu’ils réclament.
Cette crise à l’UNIKIS n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un contexte national où l’enseignement supérieur peine à trouver sa place dans les priorités gouvernementales. Pourtant, peut-on véritablement parler de développement national sans investissement dans l’éducation ? La situation des professeurs de Kisangani sonne comme un avertissement pour l’ensemble du système éducatif congolais.
Le memorandum des enseignants de l’UNIKIS dépasse le cadre simple de revendications corporatistes. Il pose des questions essentielles sur notre modèle de société. Quelle place réservons-nous à ceux qui détiennent les clés de la connaissance ? Comment construire un avenir meilleur sans respecter ceux qui forment les bâtisseurs de demain ?
Alors que le gouvernement examine ce plaidoyer, la communauté académique congolaise retient son souffle. Les décisions qui suivront ce memorandum seront déterminantes pour l’avenir non seulement de l’UNIKIS, mais de tout l’enseignement supérieur en République Démocratique du Congo. L’enjeu dépasse largement la simple amélioration des conditions sociales des professeurs : il engage la crédibilité même de notre système éducatif.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net