Dans un geste qui interroge la gestion des deniers publics en République démocratique du Congo, le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) a officiellement interpellé l’Assemblée provinciale de la Tshopo ce mardi 19 août 2025. La cible de cette démarche : le financement jugé controversé de deux concerts de l’artiste Rebo Tchulo, patronnés par le gouverneur de la province lors du week-end des 16 et 17 août.
La Lucha, dans sa missive adressée au président de l’Assemblée provinciale, pointe du doigt un cachet estimé à 150 millions de francs congolais, une somme qui fait tache dans une province aux prises avec de multiples défis socio-économiques. Comment justifier une telle dépense alors que la Tshopo peine à résorber le délabrement avancé de ses infrastructures routières, l’insécurité urbaine endémique, et les difficultés d’accès aux services de base ?
Le mouvement citoyen dénonce une dilapidation des fonds publics qui soulève des questions fondamentales d’éthique gouvernementale et de priorisation budgétaire. Dans une province où la police manque de moyens, où l’accès à l’eau potable reste un luxe pour beaucoup, où les coupures d’électricité sont monnaie courante et où les agents du gouvernement provincial attendent toujours le paiement de leurs arriérés de salaire, cette dépense culturelle apparaît comme un choix politique pour le moins discutable.
La Lucha demande à l’Assemblée provinciale d’ouvrir une action parlementaire pour vérifier le montant réel de cette dépense et sa conformité au budget provincial. Le mouvement compte sur « l’engagement patriotique » des députés provinciaux pour garantir plus de transparence dans la gestion des fonds publics. Cette affire pourrait-elle révéler des pratiques de gestion qui mériteraient un réexamen approfondi ?
Cette démarche de la Lucha s’inscrit dans un contexte plus large de vigilance citoyenne face aux dépenses publiques en RDC. Le mouvement, connu pour son activisme en faveur de la bonne gouvernance, place ainsi les élus provinciaux devant leurs responsabilités. Va-t-on assister à un sursaut de transparence de la part de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, ou cette interpellation restera-t-elle lettre morte dans les tiroirs de l’institution ?
Les implications politiques de ce dossier dépassent le simple cas des concerts de Rebo Tchulo. Elles touchent à la crédibilité même du gouvernement provincial et à la confiance que les citoyens peuvent accorder à leurs représentants. Dans une province riche en potentialités mais confrontée à d’immenses défis de développement, chaque franc congolais dépensé devrait servir prioritairement à améliorer les conditions de vie des populations. Le choix d’investir 150 millions dans des concerts plutôt que dans les services essentiels interroge la philosophie même de l’action gouvernementale dans la Tshopo.
Cette affaire pourrait bien devenir le symbole des tensions entre les aspirations citoyennes à une gestion vertueuse des ressources publiques et les pratiques parfois opaques de certains responsables politiques. La balle est désormais dans le camp de l’Assemblée provinciale, dont la réponse – ou l’absence de réponse – sera scrutée à la loupe par la société civile et les médias congolais.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net