Dans le village de Kimoka, à quelques kilomètres seulement de Sake au Nord-Kivu, le spectacle qui s’offre aux visiteurs est celui d’une précarité qui frappe au cœur. Des familles congolaises, revenues après des mois d’exode, survivent dans des abris de fortune faits de bâches et de bois. « Nous avons fui la guerre pour retrouver nos cendres », confie une mère de famille, le regard vide. Comment en est-on arrivé à cette situation où des populations doivent reconstruire leur vie sur les ruines de leurs anciennes demeures ?
La visite de Filippo Grandi, Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, ce vendredi 29 août, a jeté une lumière crue sur l’urgence humanitaire qui persiste dans cette région de la RDC. Face à des familles démunies, il a lancé un appel sans équivoque : « L’aide humanitaire ne doit pas dépendre de questions politiques. Les personnes ayant besoin d’assistance au Nord-Kivu doivent être aidées de manière urgente ».
Mais derrière ces déclarations se cache une réalité bien plus complexe. Les familles retournées à Kimoka en février dernier, après le démantèlement des sites de déplacés autour de Goma par la rébellion du M23, font face à des défis colossaux. Leurs maisons détruites, leurs champs ravagés, leurs vies bouleversées – que reste-t-il de leur dignité ?
« Lorsque nous sommes rentrées, nous avons trouvé toutes nos maisons déjà démolies », témoigne une habitante. Le désespoir perce dans sa voix. « Nous avons utilisé les bâches ramenées des camps pour construire des abris. Ici, nous n’avons rien. Nous vivons difficilement : nous avons faim et nous souffrons ».
La situation dépasse la simple question de l’aide d’urgence. Elle interroge sur la capacité de la communauté internationale à protéger les populations vulnérables dans un contexte politique volatile. Filippo Grandi le reconnaît lui-même : « C’est compliqué parce que la situation politique est compliquée. Il y a plusieurs acteurs impliqués ».
Pourtant, au-delà des considérations géopolitiques, des vies humaines sont en jeu. Les besoins prioritaires identifiés par les familles de Kimoka sont criants : abris décents, nourriture, soins médicaux et surtout sécurité. Car la peur persiste. Des incursions d’hommes armés venant du parc national voisin menacent quotidiennement ces populations déjà traumatisées.
Comment envisager la reconstruction lorsque la sécurité n’est pas assurée ? Comment parler de retour lorsque les conditions minimales de dignité ne sont pas réunies ? La réponse humanitaire doit donc être holistique, allant au-delà de l’assistance matérielle immédiate.
La crise humanitaire à Sake et dans ses environs symbolise les défis auxquels fait face la RDC dans ses efforts de stabilisation. Elle révèle aussi les limites d’une aide internationale souvent entravée par des considérations politiques. Le plaidoyer de Filippo Grandi tombe à point nommé, mais suffira-t-il à débloquer une situation aussi complexe ?
Les populations vulnérables du Nord-Kivu attendent plus que des promesses. Elles attendent une action concrète, coordonnée et durable. Car derrière chaque chiffre, chaque statistique sur les déplacés en RDC, se cachent des visages, des histoires, des vies brisées qui méritent mieux que l’oubli et l’indifférence.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net