Le gouverneur de l’Ituri, le général Luboya N’kashama Johnny, a pris une décision radicale qui secoue le paysage minier provincial. Ce vendredi 29 août, à son retour de Kinshasa, il a annoncé la suspension immédiate de toutes les activités minières sur l’ensemble du territoire de l’Ituri. Une mesure choc qui interroge sur l’efficacité des mécanismes de régulation existants et la mainmise des groupes armés sur les ressources naturelles.
Le général Luboya justifie cette suspension comme une étape indispensable pour contrôler la conformité des entreprises minières, particulièrement celles exploitant l’or dans cette région riche en minerais mais minée par l’insécurité. « Quand on parle de la présence de l’État, c’est pour que l’État bénéficie de ses ressources, que nous puissions percevoir des impôts, et que cet argent ne serve pas à financer les groupes armés », a-t-il déclaré avec une fermeté qui contraste avec la léthargie habituelle des administrations provinciales.
Cette décision de suspension minière dans l’Ituri s’inscrit dans une série d’actions récentes des autorités provinciales pour restaurer l’autorité de l’État dans une région où l’exploitation illégale des ressources alimente depuis des années les conflits armés. Plusieurs sites miniers, notamment à Nizi, Kabarole, Dala et Mabanga, ont déjà été fermés après avoir été identifiés comme sources de financement pour des groupes armés opérant dans la région.
Le gouverneur Luboya précise que cette mesure n’est pas une attaque contre les opérateurs économiques légitimes, mais plutôt une démarche de régularisation nécessaire : « Nous allons discuter avec eux, voir comment ils ont géré les mines, s’ils ont payé les impôts et les taxes. Ensuite, nous rouvrirons les sites, une fois que Kinshasa aura évalué la situation sur place ». Une approche qui soulève cependant une question cruciale : pourquoi fallait-il attendre une suspension générale pour mettre en œuvre des contrôles qui relèvent de la gestion courante du secteur minier ?
Cette initiative du gouverneur Luboya intervient dans un contexte où la régulation minière au Congo fait face à des défis structurels majeurs. L’incapacité à contrôler efficacement l’exploitation artisanale et semi-industrielle a créé un terreau fertile pour toutes sortes de trafics et de financements illicites. Les groupes armés de l’Ituri ont profité de cette faille pour s’enraciner économiquement, rendant plus complexe toute tentative de pacification durable.
La suspension temporaire des activités minières représente-t-elle une solution viable ou un simple coup d’épée dans l’eau ? Si l’intention affichée de protéger les intérêts nationaux est louable, la mise en œuvre concrète de cette mesure déterminera son efficacité réelle. Le gouverneur appelle au calme et à la coopération des opérateurs miniers et des communautés locales, mais on peut s’interroger sur la capacité administrative réelle de la province à mener à bien ce processus de régularisation dans des délais raisonnables.
Cette décision courageuse du gouverneur Luboya pourrait bien constituer un test décisif pour la gouvernance minière en RDC. Si elle aboutit à une meilleure traçabilité des productions et à une fiscalité plus juste, elle pourrait servir de modèle pour d’autres provinces confrontées aux mêmes défis. Dans le cas contraire, elle risquerait de fragiliser davantage un secteur déjà en proie à l’instabilité et à la défiance.
La balle est maintenant dans le camp de Kinshasa, qui devra évaluer la situation sur place avant toute réouverture des sites. L’efficacité de cette intervention déterminera non seulement l’avenir du secteur minier dans l’Ituri, mais aussi la crédibilité des autorités provinciales dans leur lutte pour reprendre le contrôle de leurs ressources naturelles.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net