Marcher sur la route reliant Luilu au quartier industriel de Kolwezi suffit à comprendre pourquoi cette artère est devenue le symbole d’une protestation artistique des plus originales. Sous un épais nuage de poussière rougeâtre, les comédiens locaux ont transformé l’humiliation quotidienne en satire mordante. Leurs pancartes ironiques « Visit Luilu, au cœur du Lualaba » ne font pas que provoquer des rires jaunes – elles révèlent les profondes inégalités qui fracturent la ville.
« Ici, nous respirons la poussière matin, midi et soir », témoigne un habitant de Luilu, le visage encore marqué par les particules rougeâtres. « Quand les camions passent, c’est comme un brouillard qui envahit tout. Nos maisons, nos vêtements, même notre nourriture est recouverte de cette poussière. » Ce constat amer soulève une question cruciale : le développement urbain de Kolwezi profite-t-il vraiment à tous ses habitants ?
La ville connaît pourtant une métamorphose visible : nouvelles routes goudronnées, bâtiments modernes, places publiques bien aménagées dans le centre-ville. Mais cette vitrine reluisante cache une autre réalité, celle des quartiers périphériques comme Luilu, où les infrastructures restent désespérément précaires. Cette dualité urbaine crée une fracture sociale de plus en plus marquée entre ceux qui bénéficient du développement et ceux qui le subissent.
La protestation artistique prend alors tout son sens. Derrière l’humour apparent se cache une douleur bien réelle. « Nous utilisons le rire parce que les cris n’ont servi à rien », explique un des comédiens. « Quand tu dis les choses sérieusement, personne n’écoute. Mais quand tu fais rire, les gens entendent enfin le message. » Cette approche satirique devient un miroir tendu aux autorités, révélant un malaise urbain que trop d’élus préfèrent ignorer.
Le contraste est frappant : d’un côté, le Kolwezi moderne qui se veut vitrine du développement provincial ; de l’autre, les quartiers périphériques où les populations vivent dans des conditions indignes. Cette situation pose des questions fondamentales sur la notion même de développement urbain en RDC. Une ville peut-elle vraiment se développer quand une partie de ses habitants reste exclue des bénéfices de ce progrès ?
Les artistes de Luilu, par leur action originale, pointent du doigt l’urgence d’un développement plus inclusif. Leur message dépasse largement le cadre local : il interpelle toutes les villes congolaises confrontées à des défis similaires. Comment construire une urbanité harmonieuse quand les inégalités spatiales et sociales se creusent ?
La réponse viendra peut-être de cette jeunesse créative qui refuse la résignation. En transformant leur colère en création artistique, les comédiens de Luilu ouvrent une nouvelle voie pour la revendication citoyenne. Leur approche démontre que la protestation peut être à la fois pacifique, intelligente et efficace pour interpeller les consciences.
Alors que Kolwezi continue sa métamorphose, le défi reste entier : faire en sorte que le développement bénéficie à l’ensemble de la population, sans exclusion ni discrimination. Les quartiers périphériques comme Luilu méritent autant d’attention que le centre-ville. Car une ville véritablement développée est celle où chaque citoyen, regardless de son quartier de résidence, jouit des mêmes droits et de la même dignité.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net