Dans une scène qui en dit long sur l’état du système éducatif congolais, le gouverneur intérimaire du Kasaï-Central a découvert avec stupeur la réalité quotidienne des élèves de l’Institut Kalenda Mudishi à Mbuji-Mayi. Comment une école publique peut-elle fonctionner sans bancs, sans toit et sans salles de classe ? La réponse se trouve dans cette visite surprise qui a révélé des conditions d’étude dignes d’un autre siècle.
Assis sur des pierres ou des bidons de 20 litres recyclés en chaises de fortune, les élèves suivent leurs cours à ciel ouvert, vulnérables aux caprices du climat. « Ce que j’ai vu m’a presque fait verser des larmes », a confessé Augustin Kayembe Mulemena, visiblement ému par cette situation qui perdure malgré les promesses gouvernementales. Une amère constatation alors que des fonds substantiels du Fonds de promotion de l’industrie (FPI) avaient été débloqués dès 2021 pour moderniser l’établissement.
Le paradoxe est saisissant : dans cette province riche en ressources minières, les enfants apprennent l’algèbre sur des ardoises posées à même le sol. Les enseignants, quant à eux, doivent rivaliser d’ingéniosité pour maintenir un semblant de normalité pédagogique. « Comment expliquer qu’un projet censé lutter contre la pauvreté soit resté lettre morte pendant trois ans ? », s’interroge un observateur local sous couvert d’anonymat.
Le gouverneur a pointé du doigt un dysfonctionnement administratif préoccupant. Alors que le Chef de l’État avait personnellement impulsé ce programme de rénovation des infrastructures éducatives, aucun compte-rendu clair ne justifie le blocage des travaux. Entre mauvaise gestion et possible détournement de fonds, les hypothèses circulent, alimentant le scepticisme des populations.
Cette visite-choc pourrait-elle marquer un tournant ? Le numéro un provincial a promis un suivi personnel du dossier, jurant que « ces enfants méritent mieux que des pierres pour bancs et des arbres pour toit ». Reste à savoir comment concrétiser cet engagement dans une région où les projets inachevés sont légion.
En attendant, l’Institut Kalenda Mudishi devient le symbole criant des inégalités scolaires en RDC. Si certains établissements privés bénéficient de tableaux interactifs, ici, le moindre cahier devient un luxe. Cette situation pose une question fondamentale : jusqu’à quand l’école publique congolaise restera-t-elle la parente pauvre des politiques éducatives ?
Alors que le gouvernement mise sur la jeunesse pour développer le pays, ce cas illustre le chemin restant à parcourir. La réhabilitation urgente de cette école constituerait un premier pas concret vers la réduction des disparités régionales. Mais dans le Kasaï-Central comme ailleurs, les promesses devront rapidement se matérialiser en salles de classe pour regagner la confiance d’une population scolaire résignée.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net