La reprise de la gestion des postes de péage de Mbuji-Mayi par le Fonds national d’entretien routier (FONER RDC) marque un tournant dans le bras de fer entre l’autorité centrale et les autorités provinciales RDC. Après sept mois de contrôle provincial, ces infrastructures stratégiques reviennent sous l’égide du FONER, suite à un accord conclu le 9 mai dernier au cabinet du gouverneur. Un compromis qui soulève autant d’espoirs que de questions sur la traçabilité des fonds et l’efficacité de la gestion des péages.
Le contentieux trouvait sa source dans une défiance cristallisée autour de l’opacité financière. « La province exigeait une traçabilité intégrale des recettes et une modernisation des dispositifs de perception », explique un observateur économique local. Des exigences légitimes dans un pays où les revenus des péages représentent un nerf de la guerre pour l’entretien du réseau routier, estimé à moins de 10% en bon état par la Banque mondiale.
Fred Kambi Katumba, directeur adjoint du FONER, précise le cadre de cette restitution : « L’exécutif provincial a exigé un suivi statistique renforcé des véhicules, une identification formelle des agents et une harmonisation des procédures ». Concrètement, le FONER s’engage à fournir des rapports détaillés et à uniformiser les tenues de service pour limiter les détournements.
Reste à savoir si ces mesures apaiseront les craintes historiques. Entre 2020 et 2023, des audits indépendants ont révélé que près de 40% des recettes des péages congolais échapperaient aux caisses de l’État. Un manque à gagner criant dans une province comme le Kasaï-Oriental, où le pont Lubilanji voit transiter quotidiennement 850 camions miniers selon les chiffres officiels.
La balle est désormais dans le camp du FONER. L’institution devra concilier rentabilité économique et attentes territoriales dans un contexte où les autorités provinciales RDC réclament une décentralisation accrue des ressources. « Cette crise montre que la gouvernance des infrastructures nationales doit évoluer vers plus de co-gestion », analyse un expert en finances publiques contacté par Congo Quotidien.
L’enjeu dépasse Mbuji-Mayi. Avec seulement 23% des routes nationales asphaltées, la RDC pourrait voir dans cette réforme pilote un laboratoire pour d’autres régions. Le gouvernement mise sur une hausse de 15% des recettes péagières d’ici 2025 grâce à la digitalisation annoncée des systèmes de perception. Un pari ambitieux qui nécessitera une synergie inédite entre Kinshasa et les provinces.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net