Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) affiche une croissance économique nationale de 6,2% en 2024 selon la Banque Centrale, le développement inégal des territoires continue de poser question. Le dernier épisode en date se joue dans l’espace Kasaï, où des projets structurants tardent à décoller, malgré les engagements présidentiels.
Un tableau contrasté pour les infrastructures clés
Les discussions du 6 mai 2025 entre la Première Ministre et les gouverneurs des Kasaï ont mis en lumière un paradoxe économique : comment concilier les ambitions nationales avec les réalités territoriales ? Les routes Kananga-Kalamba Mbuji et les barrages hydroélectriques de Katende/Mbombo, présentés comme des « colonnes vertébrales du développement provincial », accusent des retards inquiétants.
Le secteur énergétique illustre ce décalage. Avec seulement 21% de taux d’électrification national (Banque Mondiale 2024), les 120 MW potentiels des barrages de Katende et Mbombo pourraient révolutionner l’activité industrielle locale. Pourtant, ces chantiers phares restent enlisés dans des problèmes de financement et de coordination interministérielle.
La quadrature du cercle financier
Le gouvernement central promet une enveloppe de 450 millions de dollars pour la relance des infrastructures provinciales selon le dernier budget rectificatif. Mais sur le terrain, les gestionnaires publics dénoncent un « effet ciseaux » entre les coûts actualisés des travaux et les budgets votés. La construction de l’aéroport de Kananga, estimée à 280 millions USD en 2023, nécessiterait désormais 320 millions selon les dernières études techniques.
« Ces retards cumulés grèvent notre compétitivité régionale », analyse un économiste de l’Université de Mbuji-Mayi sous couvert d’anonymat. « Chaque mois perdu équivaut à 1 500 emplois directs non créés et 0,3 point de PIB provincial en moins ».
Un test pour la gouvernance provinciale
La visite des gouverneurs à Kinshasa révèle une tension sous-jacente : comment accélérer les projets sans empiéter sur les prérogatives de l’État central ? Le Programme d’Action Gouvernemental 2024-2028 prévoit 35% d’investissements déconcentrés, mais les mécanismes de décaissement peinent à suivre.
La Première Ministre a annoncé la création d’un « comité de pilotage interministériel » pour fluidifier les processus. Une mesure saluée, mais qui devra surmonter plusieurs écueils : coordination entre 8 ministères concernés, harmonisation des normes techniques, et lutte contre les surfacturations.
Les enjeux cachés derrière le béton
Au-delà des aspects techniques, ces infrastructures portent des ambitions géoéconomiques. La route Kananga-Kalamba Mbuji doit désenclaver le bassin diamantifère du Kasaï, qui représente 15% des exportations minières nationales. Quant aux barrages hydroélectriques, ils pourraient alimenter des unités de transformation locale – un levier essentiel pour capter plus de valeur ajoutée.
Reste à savoir si ces projets s’inscriront dans une logique de développement intégré. Comme le souligne un rapport de la CNUCED : « L’Afrique subsaharienne consacre 4,7% de son PIB aux infrastructures, mais n’en tire que 40% de leur potentiel économique faute de planification multisectorielle ».
La course contre la montre
Avec 42 mois restants pour concrétiser les engagements du quinquennat, l’exécutif congolais joue sa crédibilité sur deux tableaux : l’efficacité opérationnelle et la transparence budgétaire. Le prochain trimestre s’annonce déterminant pour le déblocage des appels d’offres internationaux concernant les aéroports et barrages.
La balle est désormais dans le camp des acteurs économiques : investisseurs privés, bailleurs internationaux et sociétés de construction devront conjuguer leurs efforts sous l’égide de l’État. L’alternative ? Voir s’éloindre l’objectif de 7% de croissance annuelle fixé par le Plan National Stratégique de Développement.
Article Ecrit par Amissi G
Source: primature.grouv.cd