Alors que Kinshasa et les rebelles du M23 scellent un accord de principe sous l’égide du Qatar, une fronde inédite ébranle le paysage politique congolais. Dans les coulisses de cette diplomatie controversée, se joue une partie d’échecs où chaque pièce déplace des enjeux de souveraineté et de légitimité.
Une paix négociée dans la tempête
Le feu des armes aurait-il cédé la place au choc des arguments ? La signature récente d’un cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et le M23, parrainée par le Qatar, révèle surtout les fractures d’une nation en quête d’unité. À Beni et Butembo, épicentres de la résistance Wazalendo, les fusils parlent plus fort que les protocoles d’accord. « Dialoguer avec des terroristes, c’est trahir notre sol », tonne Assa Mahamba, figure emblématique de ces milices d’autodéfense.
Le syndrome de l’éternel recommencement
La Lucha, mouvement citoyen devenu vigie de la démocratie, pointe un scénario connu : « Depuis l’AFDL, chaque rébellion recycle ses cadres dans l’armée nationale avant de relancer l’insurrection ». Jean Mangapi, activiste à Beni, enfonce le clou : « Intégrer les auteurs de massacres ? Nous préparons la prochaine révolte ».
L’UDPS en équilibre sur le fil de la realpolitik
Le parti présidentiel défend pourtant cette voie périlleuse. Bernard Kapitula, porte-parole local, argumente : « Isoler le Rwanda, c’est tarir le financement des rebellions ». Stratégie risquée : peut-on neutraliser l’hydre M23 en amputant ses tentacules rwandais sans s’attaquer à sa tête congolaise ?
Sur le terrain, la guerre des rapports contredit les discours
Les déclarations de Doha sonnent creux face aux crépitements d’armes automatiques dans le Grand Nord. Les Wazalendo, ces « enfants terribles » de la résistance populaire, consolident leurs positions. Leur argument ? « Seul un État fort peut négocier. Or Kinshasa parle à genoux ».
Quel avenir pour les accords en trompe-l’œil ?
Cette nouvelle tentative de paix ressemble à un mirage institutionnel. Entre les exigences des bailleurs internationaux et la colère des milices locales, Félix Tshisekedi marche sur un volcan. La vraie question demeure : comment reconstruire une armée crédible et une justice impartiale dans un pays miné par trois décennies de calculs géopolitiques ?
Les prochains jours s’annoncent décisifs. Alors que la MONUSCO plie bagage, la RDC devra-t-elle choisir entre la paix des cimetières et la guerre d’usure ? Un dilemme où chaque option charrie son lot de drames, dans une région où les conflits ont la vie dure.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net