Une morsure de serpent en RDC impose une évaluation médicale urgente, même si la personne semble aller bien. Écartez-vous du serpent, limitez les mouvements de la victime et organisez immédiatement son transport vers une structure de soins. N’attendez pas une douleur importante ou un gonflement pour agir. Les premiers secours accompagnent cette évacuation ; ils ne remplacent pas le traitement médical.
Les gestes à faire dès les premières minutes
1. Mettre la personne à l’abri et la rassurer
Éloignez-vous du serpent sans chercher à le poursuivre, à le tuer ou à le capturer. Une fois hors de danger, installez la personne au repos. Parlez-lui calmement et évitez qu’elle coure ou marche pour chercher de l’aide.
Retirez doucement les bagues, bracelets, montres et autres objets ou vêtements qui pourraient serrer le membre si celui-ci gonfle. Ne forcez pas sur un objet déjà coincé.
2. Immobiliser sans comprimer
Gardez la personne aussi immobile que possible. Soutenez le membre mordu dans une position confortable. Une attelle improvisée, maintenue par des liens larges et lâches, peut limiter ses mouvements. Pour un bras, une écharpe peut servir de soutien. Un pagne peut aider à maintenir ce soutien, sans être serré autour du membre.
Immobiliser ne signifie pas comprimer. N’improvisez pas de bandage compressif : cette technique dépend du type de serpent et peut être inadaptée lorsque le venin endommage les tissus. La priorité reste le repos et le transport.
3. Organiser le départ immédiatement
Contactez le centre de santé, l’hôpital ou un soignant dont vous possédez déjà les coordonnées. Pendant qu’une personne reste auprès de la victime, une autre peut chercher un moyen de transport. Si vous pouvez joindre une structure, annoncez une morsure de serpent et demandez où recevoir les premiers soins et, si nécessaire, un antivenin adapté.
Sans réseau téléphonique, faites chercher de l’aide par un accompagnant si possible. Ne retardez pas le départ pour identifier précisément le serpent, préparer un remède ou attendre une aggravation.
Les pratiques dangereuses à éviter
- Aucun garrot : une corde, une ceinture ou un tissu serré peut interrompre la circulation et provoquer des lésions graves.
- Aucune incision ni aspiration : ne coupez pas la peau et n’essayez pas de retirer le venin avec la bouche ou une pompe.
- Aucune glace, brûlure ou décharge électrique : ces pratiques peuvent aggraver les blessures.
- Aucune application de feuilles, cendre, produits chimiques ou « pierre noire » : ces pratiques peuvent être dangereuses ou retarder les soins nécessaires.
- Aucun alcool ni automédication : évitez notamment l’aspirine et l’ibuprofène. Demandez au soignant comment soulager la douleur.
- Aucune manipulation du serpent : même mort, il ne doit pas être touché ou transporté par un accompagnant.
Si un garrot a déjà été posé, signalez-le immédiatement au soignant, avec l’heure approximative de pose. Ne le desserrez pas et ne le retirez pas vous-même : son retrait nécessite un encadrement médical, car une aggravation brutale peut survenir. Cette situation renforce l’urgence du transport.
Faut-il laver la morsure ?
Ne frottez pas, ne massez pas et ne manipulez pas la plaie. N’entreprenez pas un lavage prolongé censé retirer le venin : il ne neutralise pas le venin injecté et ne doit jamais retarder l’évacuation. Le nettoyage et les soins de la plaie seront réalisés par l’équipe soignante.
Transporter la victime et surveiller sa respiration
Portez la personne ou utilisez un brancard si cela est possible, afin de limiter ses efforts. Choisissez un transport permettant de la soutenir et de surveiller son état. La victime ne doit pas conduire elle-même.
Maintenez le membre soutenu et immobile dans une position confortable, sans le laisser pendre pour le maintenir artificiellement sous le niveau du cœur.
Pendant le transport, installez si possible la personne sur le côté, de préférence gauche, avec la bouche tournée vers le bas pour protéger ses voies respiratoires. Cette position est particulièrement importante si elle vomit ou perd connaissance tout en respirant normalement.
Surveillez régulièrement sa respiration et sa capacité à répondre. Si elle ne respire plus normalement, alertez immédiatement et commencez les gestes de réanimation si vous les connaissez, en suivant les instructions d’un professionnel joignable.
Ne donnez rien par la bouche à une personne somnolente, inconsciente, qui vomit ou qui avale difficilement. Ne faites pas boire systématiquement la victime ; demandez conseil au soignant.
Les informations à transmettre à l’arrivée
- L’heure, même approximative, et le lieu de la morsure.
- La partie du corps touchée et les symptômes apparus depuis.
- Les gestes déjà effectués, les produits appliqués et les médicaments ou remèdes pris.
- Les traitements habituels, allergies connues et renseignements disponibles sur la vaccination antitétanique.
Décrivez le serpent uniquement à partir de ce que vous avez déjà observé. Une photographie prise à distance, sans approche ni retard, peut être utile ; elle n’est pas indispensable pour commencer les soins.
Reconnaître les signes de gravité sans les attendre
Prévenez immédiatement le soignant ou l’accompagnant si vous observez :
- Une difficulté à respirer, à parler ou à avaler.
- Des paupières qui tombent, une vision trouble ou une faiblesse musculaire.
- Un malaise, une perte de connaissance ou une somnolence inhabituelle.
- Des saignements inhabituels, notamment du nez ou des gencives.
- Un gonflement qui progresse, une douleur importante ou des cloques.
- Des urines très foncées ou une diminution importante des urines.
Ces signes peuvent traduire une envenimation, c’est-à-dire les effets du venin dans l’organisme. Leur absence au début ne permet pas d’écarter le danger. Les enfants peuvent subir des effets plus graves et plus rapides en raison de leur faible masse corporelle.
Au centre de santé ou à l’hôpital : les soins possibles
L’équipe évalue la respiration, la circulation, l’état du membre et les signes d’envenimation. Des examens, notamment de la coagulation du sang, peuvent être nécessaires. Une surveillance médicale reste importante lorsque les premiers symptômes sont discrets.
L’antivenin est le traitement spécifique de l’envenimation. Il n’est pas administré automatiquement après chaque morsure : son indication dépend de l’examen et des résultats disponibles, y compris de certaines atteintes locales importantes. Lorsqu’il est indiqué, il doit être administré sans attendre un état critique. Il doit être adapté au venin en cause et nécessite une équipe capable de surveiller et de traiter une réaction grave.
Les autres soins peuvent comprendre une assistance respiratoire, un traitement de la douleur, des soins de plaie et une prévention du tétanos adaptée à la vaccination. Les antibiotiques ne sont pas systématiques : leur utilisation dépend notamment d’une infection, d’une nécrose ou d’une plaie contaminée ou incisée.
Si l’antivenin nécessaire manque, l’équipe doit organiser rapidement l’orientation vers une structure adaptée tout en assurant les soins urgents. Ne quittez pas la surveillance médicale simplement parce que la douleur diminue.
Réduire les risques autour des champs et des habitations
- Portez des bottes et un pantalon long pour travailler dans les herbes ou les broussailles.
- Éclairez vos déplacements nocturnes, même pour rejoindre des latrines proches.
- Regardez avant de poser les mains dans un trou, un tas de bois ou sous des pierres. Utilisez des gants adaptés pour manipuler les débris.
- Gardez les abords des maisons et les chemins dégagés ; limitez les amas de déchets et les abris pour les rongeurs.
- Si possible, dormez sur un couchage surélevé avec une moustiquaire bien bordée.
- Apprenez aux enfants à s’éloigner d’un serpent et à prévenir un adulte.
Avant des travaux ou un déplacement dans un lieu isolé, gardez les coordonnées d’une structure de soins et prévoyez comment rejoindre un véhicule. Cette préparation peut éviter de perdre du temps au moment de l’accident.
Le réflexe essentiel : repos et soins sans délai
Toutes les morsures n’injectent pas du venin, mais vous ne pouvez pas le déterminer avec certitude sur place. Retenez cette conduite simple : mettre à l’abri, immobiliser sans serrer, organiser le transport et surveiller la respiration. Une prise en charge rapide améliore les chances de récupération, sans garantir l’absence de séquelles.
Sources et références
- Snakebite envenoming — Treatment
- Snakebite envenoming — Questions and answers
- Venomous Snakes at Work
- Poisonings, Envenomations, and Toxic Exposures During Travel
- Snake bites
- Animal bites
- Guidelines for the management of snakebites, 2nd edition
- Snakebite envenoming
Dr. Credo Kilongozi, Médecin directeur au CAMUREL Lubumbashi
