La vente des minerais à Kolwezi connaît une réorganisation contestée. Le 26 octobre 2026, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a accompagné la reprise du pesage et des analyses au centre de négoce de Musompo. Le même jour, des exploitants artisanaux manifestaient encore pour obtenir des débouchés accessibles à leur production.
Le différend concerne plusieurs étapes : pouvoir transporter le minerai, rencontrer un acheteur autorisé, faire reconnaître son poids et sa teneur, puis obtenir un paiement. Musompo doit réunir une partie de ces opérations. Sa remise en service ne suffit cependant pas à établir que les difficultés de commercialisation sont résolues.
Des minerais disponibles, mais un accès aux acheteurs contesté
Selon les témoignages recueillis par Actualite.cd le 26 octobre, des exploitants détenaient des minerais sans savoir où les vendre. Ils demandaient la réouverture des entités de traitement, contestaient les expertises du Centre d’évaluation, d’expertise et de certification (CEEC) et rejetaient une obligation de vente à Musompo qu’ils disaient subir. Ils jugeaient également le centre trop éloigné.
La gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saïni, avait pour sa part assuré qu’aucune entité de traitement n’était fermée. Elle invitait les exploitants à passer par les coopératives reconnues pour vendre aux sociétés autorisées. Ces positions divergentes portent donc sur l’accès effectif au marché, au-delà du statut administratif des acheteurs. Pour un producteur, conserver un stock invendu signifie attendre avant de disposer du revenu correspondant à son travail.
La coopérative intervient dès l’accès au site
Le cadre légal commence avant la transaction. L’article 111 du Code minier, modifié en 2018, réserve l’exploitation dans les zones d’exploitation artisanale aux membres des coopératives agréées. La carte d’exploitant artisanal demeure un document individuel, délivré par le ministre provincial des Mines.
L’article 115 encadre également la détention et le transport des produits artisanaux, hors des périmètres faisant l’objet de titres miniers exclusifs. Il prévoit plusieurs catégories habilitées : exploitant muni de sa carte agissant au nom et pour le compte d’une coopérative, négociant disposant d’une carte valide, acheteur agréé au service d’un comptoir d’achat ou d’une entité de traitement ou de transformation agréés, gérant ou préposé d’une coopérative minière. L’appartenance à une organisation ne dispense donc pas de justifier la qualité des intervenants et l’origine du minerai.
Dans son enquête publiée en mars 2024 sur Kamilombe et Mutoshi, l’ONG AFREWATCH décrit des coopératives servant d’intermédiaires entre producteurs et acheteurs. Elle relève aussi le rôle des financeurs : des avances couvrent les charges d’extraction, mais peuvent engager les exploitants à livrer leur production au négociant qui les a financés. Le choix de l’acheteur peut ainsi être limité avant même la sortie du minerai.
Du site d’extraction au dépôt, puis au traitement
Le parcours commercial peut comprendre un négociant, un dépôt ou un comptoir, puis une entreprise de traitement. Tous les lots ne passent pas nécessairement par le même nombre d’intermédiaires. L’enquête d’AFREWATCH décrit notamment des coopératives disposant de relations contractuelles avec des fonderies.
Une étude publiée par l’ITIE-RDC en juillet 2025 explique que les dépôts privés occupent une place centrale dans les échanges de cuivre et de cobalt artisanaux. Musompo a été conçu pour rassembler négociants et coopératives dans un espace permettant de contrôler les produits, leur origine et les prélèvements publics. Cette concentration modifie le lieu de la transaction ; elle ne supprime pas les besoins de transport, de financement et de traitement.
Le prix dépend du minerai mesuré et des conditions d’achat
La valeur d’un chargement ne se déduit pas de son seul poids. L’humidité et la teneur, c’est-à-dire la proportion de métal contenu, interviennent dans son évaluation. AFREWATCH rapporte aussi l’utilisation des cours internationaux et des contestations de mineurs concernant les balances et les résultats d’analyse. Ces observations antérieures ne constituent pas un relevé des tarifs de Musompo en 2026.
Un exemple de calcul permet de comprendre l’enjeu : une tonne de matière sèche contenant 2 % de cobalt représente 20 kilogrammes de cobalt contenu. Elle ne représente pas une tonne de cobalt commercialisable. Cet exemple est pédagogique, sans correspondre à un lot observé. Le montant finalement proposé dépend ensuite des conditions commerciales de l’achat. Une modification de la teneur retenue change donc directement la base de valorisation.
Il faut également distinguer le prix du lot et la somme revenant au travailleur. Le remboursement d’une avance ou le coût d’acheminement réduit ce qui reste disponible après la vente. Une meilleure mesure protège la base de négociation ; elle ne garantit pas, à elle seule, un revenu supérieur.
Dans ses normes d’approvisionnement responsable de mars 2021, l’Entreprise générale du cobalt (EGC) prévoit l’affichage d’une méthode de calcul transparente et des données de marché utilisées. Il s’agit d’un engagement de fonctionnement, dont l’application effective à Musompo ne peut être déduite de la seule relance.
À Musompo, distinguer expertise, achat et obligation de passage
Le dispositif présenté par le directeur général de l’EGC, Éric Kalala, dans un communiqué relayé par l’ACP le 28 octobre, distingue les responsabilités. La province apporte son appui, le CEEC assure la gestion technique et l’EGC intervient comme acheteur. Les procédures en cours d’installation concernent le pesage, l’échantillonnage et le paiement. Le laboratoire évalue le produit ; l’achat engage un opérateur commercial.
Le cobalt relève d’un régime particulier. Le Conseil des ministres du 6 décembre 2024 rappelait le monopole d’achat et de vente du cobalt artisanal exercé par l’EGC au nom de l’État, tout en examinant la prolongation du dispositif. L’entreprise revendique toujours cette exclusivité dans sa présentation officielle.
L’exclusivité d’un acheteur et l’obligation de passer par un lieu déterminé sont deux questions différentes. Le régime du cobalt ne permet pas, à lui seul, de conclure que tous les minerais artisanaux, cuivre compris, doivent obligatoirement être vendus à Musompo. Le passage imposé que dénoncent les exploitants reste un point de contestation. Présenter le centre comme l’unique circuit obligatoire pour toute production confondrait la substance concernée, l’opérateur autorisé et le lieu de vente.
La traçabilité commence avant la pesée
Un résultat de laboratoire renseigne sur la composition du minerai. La traçabilité répond à une autre question : d’où vient le lot et par quels intervenants a-t-il circulé ? Dans les normes de l’EGC de 2021, les coopératives doivent préserver l’origine déclarée et éviter les mélanges avec des produits de sources non approuvées. Les stations d’achat doivent isoler les lots présentant des anomalies de traçabilité jusqu’à leur résolution.
Ce mécanisme explique pourquoi un chargement peut être pesé sans être immédiatement acheté. Il éclaire aussi le lien entre commercialisation et accès à des sites autorisés : un centre de vente ne règle pas, en amont, la situation juridique du lieu d’extraction.
Une reprise technique, des ajustements encore annoncés
Musompo avait été inauguré le 5 octobre 2023. La reprise rapportée le 26 octobre 2026 comprend le pesage d’un premier camion et le lancement d’opérations d’échantillonnage et d’analyse. Des difficultés techniques subsistaient. Le ministre a demandé un suivi quotidien des installations et une évacuation facilitée des camions en règle.
Le dialogue du 28 octobre a ensuite porté sur la rémunération, l’origine des minerais, la légalité des activités et les zones d’exploitation artisanale. Selon le communiqué relayé par l’ACP, Éric Kalala reconnaissait la nécessité d’ajustements et annonçait des mesures dans les jours suivants. Ces engagements ne constituent pas encore un résultat établi sur les revenus des exploitants.
À Kolwezi, la commercialisation articule ainsi une production autorisée, une organisation collective, un transport documenté, une évaluation du lot et un acheteur capable de payer. Musompo apporte une infrastructure à cette chaîne. Au 1er novembre 2026, la reprise de certaines opérations est établie ; une amélioration durable de l’accès au marché et de la rémunération des creuseurs reste à démontrer.
Sources
- Lualaba : faute de débouchés pour leurs minerais, les exploitants miniers artisanaux de nouveau dans les rues de Kolwezi
- Lualaba-Mines : Louis Watum relance le centre de négoce de Musompo sur fond de grogne persistante des creuseurs artisanaux
- Loi n° 18/001 du 9 mars 2018 modifiant et complétant la loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant Code minier — Journal officiel du 28 mars 2018
- Le cobalt ne profite pas aux mineurs artisanaux de la RDC
- Contribution à la mobilisation des ressources domestiques au travers de l’amélioration de la gouvernance de la filière artisanale cuivre-cobalt
- Normes d’approvisionnement responsable de l’EGC
- Lualaba : une entreprise publique mobilisée pour rendre opérationnel le centre de négoce
- Compte rendu de la vingt-cinquième réunion ordinaire du Conseil des ministres du vendredi 6 décembre 2024
- Achat et commercialisation : présentation du mandat de l’Entreprise générale du cobalt
- Lualaba : l’amélioration de la rémunération des exploitants miniers artisanaux évoquée dans un dialogue
