La photo est belle, vous avez envie de l’envoyer aux proches. Puis une personne demande : « Vous allez mettre ça où ? » Ce petit arrêt mérite une réponse. Le droit à l’image en famille touche à une question très concrète : pouvoir choisir ce que les autres verront de soi. Avant un envoi sur WhatsApp ou une publication sur les réseaux sociaux, prendre le temps de demander peut devenir une attention ordinaire.
En RDC, l’article 31 de la Constitution protège le respect de la vie privée. Les gestes proposés ici sont des repères relationnels pour décider ensemble du partage des photos ; ils ne constituent pas un avis juridique sur une situation particulière.
Demander pour cette photo et pour ce public
Accepter de poser et accepter une diffusion sont deux questions à distinguer dans votre conversation. Montrez le cliché choisi, indiquez les destinataires et précisez la légende envisagée. « Je peux partager ? » laisse davantage de place aux malentendus que : « Est-ce que je peux envoyer cette photo dans le groupe des cousins, sans ton nom ? »
Vous pouvez proposer trois possibilités : conserver le souvenir sur votre téléphone, l’envoyer à une personne désignée ou le publier auprès d’un public défini. Si vous souhaitez ensuite changer de destinataires, redemandez. Un accord donné pour un échange familial ne devrait pas devenir, par habitude, un accord pour toute publication.
Dans un exemple fictif à Lubumbashi, une tante veut envoyer une photo d’anniversaire à une sœur installée à Kinshasa. Une personne photographiée accepte cet envoi, mais refuse une publication sur un réseau social. La solution peut être simplement de transmettre le cliché à cette sœur, avec la consigne de ne pas le repartager.
Laisser une vraie place au refus
Demandez avant d’appuyer sur « envoyer », avec la possibilité de renoncer. Évitez de poser la question devant toute la famille si cela risque de mettre la personne mal à l’aise. Son silence ou une réponse hésitante ne vous donnent pas un accord clair : gardez alors l’image hors diffusion, le temps d’en reparler.
Si elle refuse, vous pouvez répondre : « D’accord, je ne la partage pas. Tu préfères choisir une autre image ? » L’autre image reste une possibilité, jamais une obligation. Il n’est pas nécessaire d’obtenir une justification ni de convaincre quelqu’un que sa gêne est excessive.
Pour annoncer votre propre limite, essayez : « Je suis heureux de garder ce souvenir avec vous, mais je ne souhaite pas que cette photo circule. » Si parler devant les autres vous semble difficile, adressez un message privé à la personne qui photographie.
Associer les enfants sans leur confier toute la décision
Une ressource de l’UNICEF recommande d’impliquer les enfants dans les décisions concernant leur image et rappelle que les plus jeunes ne peuvent pas donner un consentement éclairé au partage. Expliquez avec des mots adaptés : « Je voudrais envoyer cette photo à grand-maman. Veux-tu la regarder avec moi ? » Accueillez leur gêne, même si vous trouvez le cliché attendrissant.
Leur enthousiasme ne dispense pas les adultes de protéger leur intimité. Écartez les photos de nudité, les moments humiliants et les informations trop personnelles. Pour un enfant qui ne comprend pas encore la diffusion, privilégiez la retenue. Pour un enfant plus grand, discutez aussi de la légende et des personnes qui pourront voir l’image.
Si d’autres enfants apparaissent, échangez avec leurs parents ou responsables avant le partage et prenez également en compte la réaction des enfants. En cas de désaccord entre les adultes responsables, gardez la photo hors diffusion pendant la discussion.
Regarder ce que l’image révèle
Avant tout envoi, examinez l’arrière-plan : nom d’école sur un uniforme, adresse, document posé sur une table ou détail que la famille souhaite garder privé. L’autorité australienne eSafety rappelle qu’une image envoyée dans une conversation privée peut être copiée puis publiée ailleurs. Réduire le public est une précaution ; cela ne garantit pas que la photo restera dans ce cercle.
Pour un groupe réunissant des proches en RDC et à l’étranger, proposez une règle commune : demander avant de transférer une photo vers un autre groupe ou un statut. Vous pouvez l’expliquer oralement dans la langue comprise par chacun, puis laisser un court rappel écrit. Si vous ne souhaitez aucune circulation numérique, choisissez plutôt de montrer le souvenir sur votre téléphone lors d’une rencontre.
Demander le retrait et réparer un partage précipité
Si votre image a été diffusée contre votre souhait, formulez une demande précise : « Je ne souhaite pas que cette photo reste dans le groupe. Merci de supprimer ton envoi si c’est encore possible et de demander aux personnes qui l’ont repartagée de faire de même. » Indiquez l’image concernée sans la renvoyer inutilement à tous.
Si vous avez vous-même partagé trop vite, retirez ce que vous pouvez et reconnaissez simplement votre geste : « J’aurais dû te demander avant. Je retire ce que je peux. » Prévenez les destinataires connus et demandez-leur de supprimer le cliché et de ne plus le transmettre. Un retrait ne permet pas de garantir la disparition des copies déjà réalisées.
Si la personne refuse ou si vous ne pouvez pas la contacter, recherchez les possibilités de signalement ou de demande de retrait proposées par la plateforme. Leur disponibilité et leur résultat dépendent du service et du contenu concerné. En cas de menaces, de chantage ou de diffusion intime, cherchez aussi l’aide d’une personne de confiance et un accompagnement juridique local ; une simple discussion familiale peut ne pas suffire.
Vous pouvez commencer par une seule habitude : montrer la photo, nommer le public, attendre une réponse claire. Un souvenir peut rester précieux même lorsqu’il demeure dans un cercle choisi.
Sources et references
- Constitution de la RDC — textes coordonnés, Journal officiel du 5 février 2011, article 31
- What you need to know about “sharenting”
- Privacy and your child
Sarah
