La création du Front pour la refondation de la nation (FRN) à Goma, lundi 12 octobre 2026, soulève des interrogations sur la continuité du processus de paix de Doha. Présidé par Joseph Kabila Kabange, ce nouveau mouvement politico-militaire succède, selon sa déclaration politique, à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), mais le statut du M23 reste incertain.
Roger-Claude Liwanga, professeur de droit et co-initiateur du Baromètre des Accords de paix en Afrique, relève que le paragraphe 11 de la déclaration annonçant la création du FRN désigne ce dernier comme successeur de l’AFC et proclame sa dissolution. Toutefois, cette disposition ne précise pas expressément le statut du M23, alors que l’Accord-cadre de Doha du 15 novembre 2025 désigne l’AFC/M23 comme partie non gouvernementale aux négociations.
Une clarification urgente demandée
Pour le chercheur, cette omission pose une question fondamentale : à quelles conditions le FRN entend-il reprendre la position et les engagements de l’AFC/M23 ? Il appelle à une clarification urgente du statut du nouveau mouvement. « La priorité immédiate consiste donc à déterminer qui représente la partie non gouvernementale au processus de Doha, qui est habilité à engager ses structures politiques et militaires, et qui est responsable de la mise en œuvre des engagements déjà souscrits », a-t-il déclaré.
Liwanga estime que la nomination de responsables du M23 à des fonctions importantes au sein du FRN ne suffit pas à établir une succession complète. Ces nominations peuvent témoigner d’une continuité organisationnelle, mais ne permettent pas de déterminer avec certitude l’étendue des pouvoirs de représentation du FRN. Des éclaircissements sont nécessaires sur la composition organisationnelle, les pouvoirs des dirigeants et les relations avec les structures du M23.
Le rôle du Qatar et des garants
Afin de préserver la continuité des engagements, le professeur recommande que le Qatar, en sa qualité de facilitateur, sollicite d’urgence des clarifications écrites auprès du FRN, des dirigeants habilités du M23 et du gouvernement congolais. Ces clarifications devraient porter sur le statut du FRN, sa capacité à représenter la partie non gouvernementale et sa volonté d’assumer les engagements existants. L’Union africaine, les États-Unis et la Suisse pourraient soutenir cette démarche.
Si les parties reconnaissent le FRN comme successeur, cette reconnaissance devrait être formalisée par un instrument écrit confirmant la continuité des engagements. Cet instrument devrait préciser le statut de l’Accord-cadre de Doha, le maintien en vigueur des protocoles, l’identité des personnes habilitées à représenter la partie non gouvernementale et les responsabilités relatives au cessez-le-feu.
Dans l’attente de ces clarifications, Liwanga recommande de continuer à s’appuyer sur le cadre de Doha existant, sans présumer que le FRN a automatiquement succédé à l’AFC/M23 ni que le changement organisationnel a mis fin aux engagements. En cas de désaccord, un instrument complémentaire ou un arrangement convenu d’un commun accord pourrait préciser le statut du FRN et les modalités de prise en charge des engagements.
La création du FRN fait suite au dernier discours de Joseph Kabila, qui dénonçait la gouvernance sous Félix Tshisekedi et annonçait des actions à venir. Elle s’inscrit aussi dans le contexte des révélations du Groupe d’experts de l’ONU, qui avait évoqué des liens étroits entre l’ancien président et l’AFC/M23, ainsi qu’un remaniement envisagé avec changement de nom et un rôle de premier plan pour Joseph Kabila.
A lire aussi : PPRD : deux cadres se désolidarisent de Joseph Kabila ; Joseph Kabila à la tête d’un mouvement politico-militaire à Goma
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
