Au rond-point Kintambo Magasin, dans la commune de Kintambo à Kinshasa, des jeunes diplômés ont trouvé dans le nettoyage des chaussures un moyen de survivre face au chômage. Cette activité informelle, exercée en pleine rue, leur permet de couvrir leurs besoins essentiels, mais elle reste marquée par la précarité et les tracasseries policières.
Un travail de rue pour échapper à l’inaction
Michael, 20 ans, est diplômé d’État. Après des mois passés à la maison sans emploi, il a décidé de s’installer avec son matériel le long de la chaussée. « Je suis D6. J’ai tellement traîné à la maison sans emploi que j’ai décidé de faire ce travail pour être en mesure de me trouver moi-même à manger et des vêtements », confie-t-il. Chaque jour, il utilise deux boîtes de cirage, des brosses et un liquide appelé « Tshokaris ». Ses recettes oscillent entre 15 000 et 20 000 francs congolais, « si le major de la police ne nous chasse pas ».
Gebeti, également âgé de 20 ans, a rejoint cette activité il y a un mois. Ses frères du quartier l’ont emmené avec eux pour qu’ils puissent se débrouiller ensemble. Il raconte les difficultés avec certains éléments de la police : « Nous faisons régulièrement face aux menaces des policiers, qui nous chassent, cassent nos chaises et jettent nos outils de travail. » Malgré cela, il affirme que ce travail lui permet de s’acheter de la lotion, des habits et de couvrir ses besoins primaires. « Je ne peux pas me livrer au vol et à toutes les pratiques illicites », dit-il en lingala. Ayant interrompu l’école en sixième année secondaire par manque de moyens, il plaide pour que l’État leur trouve un emploi valorisant.
Des revenus qui soutiennent aussi les familles
Jonathan, 21 ans, exerce le cirage et le nettoyage des chaussures depuis un an. Grâce à cette activité, il contribue à la scolarité de son jeune frère, actuellement en terminale. « Mon jeune frère va faire son examen d’État l’année prochaine. J’ai acheté des cahiers, un uniforme et toutes les fournitures scolaires. Même quand il est renvoyé en raison des frais scolaires, c’est toujours moi qui envoie le peu que je gagne », relate-t-il. Ses gains peuvent atteindre 30 000 FC par jour lorsque la chance lui sourit. Comme ses collègues, il doit composer avec le major de la police et le Service national dans le cadre de la task force présidentielle chargée de l’assainissement de la ville. « Ils ne nous exigent rien. Ils veulent juste la propreté de la place. C’est pourquoi, avant de commencer nos activités, nous tâchons de balayer d’abord et même de mouiller la surface afin de ne pas être dérangés », indique-t-il.
Un contexte de chômage massif chez les jeunes
Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, le taux de pauvreté en République démocratique du Congo se situe à 69 % et le chômage des jeunes dépasse 40 %. À Kinshasa, de nombreux jeunes diplômés se tournent vers des activités informelles comme le nettoyage de chaussures, le transport à moto ou le lavage de véhicules. Le président Félix Tshisekedi avait promis pendant sa campagne électorale de 2023 la création de 6,4 millions de nouveaux emplois sur cinq ans. Les données disponibles font état de plus d’un million d’emplois créés entre 2022 et 2024, selon une enquête provisoire, tandis que le ministre de l’Emploi a annoncé 1,8 million d’emplois rémunérés enregistrés en 2025. Une enquête administrative couvrant la période 2019-2025 était encore en cours de validation fin septembre 2026.
Pour ces jeunes, le nettoyage des chaussures reste un gagne-pain précaire, entre survie et tracasseries. Leur quotidien illustre la difficulté d’accéder à un emploi stable dans une ville où les opportunités sont rarement rendues publiques.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
