L’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Jean-Claude Masangu Mulongo, a reconnu avoir « utilisé pas mal la planche à billets » pour financer l’effort de guerre à la fin des années 1990. Cette déclaration, faite lors d’un échange en direct le 6 octobre, éclaire les mécanismes monétaires qui ont conduit à l’hyperinflation, puis à sa maîtrise progressive au début des années 2000.
Le financement de la guerre par la création monétaire
Invité d’un espace d’échange en ligne, Jean-Claude Masangu Mulongo a replacé son action dans le contexte de la guerre déclenchée en août 1998. Pour lui, la priorité de la Banque centrale était alors d’aider l’État « à résister, et puis gagner la guerre ». Or, le budget de l’État était « maigre ». Pour donner à l’État les moyens de se défendre, la BCC a eu recours à la création monétaire, c’est-à-dire l’injection de francs congolais « sans contrepartie ». Cette pratique, communément appelée « planche à billets », a été utilisée de manière intensive.
Des certificats de dépôt pour absorber la liquidité
Face à une planche à billets qui tournait « à plein régime », la Banque centrale a changé d’outil. Elle a mis sur le marché des titres appelés certificats de dépôt, à des taux indexés sur l’inflation. Certains mois, ces taux atteignaient 20 à 25 % par mois. Le mécanisme consistait à collecter l’épargne du public pour la mettre à la disposition de l’État. Selon l’ancien gouverneur, cela permettait de moins recourir à la planche à billets et de se concentrer sur la lutte contre l’hyperinflation.
La discipline budgétaire de la « base caisse »
Parallèlement, la BCC a mené une politique monétaire restrictive fondée sur un principe simple : l’État devait dépenser en fonction de ses moyens. C’est la gestion dite « sur base caisse », résumée par Jean-Claude Masangu Mulongo en ces termes : « Là, on rentre, là, on sort », avec un contrôle strict des entrées et des sorties. Au fil des années, cette discipline a permis, selon lui, de maîtriser l’hyperinflation. « On a rompu avec l’hyperinflation et par la suite, on a renoué également avec la croissance », a-t-il affirmé, cette fois « avec l’assistance et l’aide du Fonds monétaire international ».
Ces révélations offrent un éclairage rare sur les coulisses de la politique monétaire congolaise pendant une période de crise profonde. Elles montrent comment des instruments financiers et une discipline budgétaire ont progressivement remplacé la création monétaire excessive, permettant de stabiliser le franc congolais et de renouer avec la croissance.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
