Le 30 juin 1998, la République démocratique du Congo mettait en circulation une nouvelle monnaie, le franc congolais. Cette réforme, racontée par l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Jean-Claude Masangu Mulongo, visait à réunifier un pays monétairement morcelé. Avant cette date, le territoire était divisé en plusieurs « espaces monétaires », chacun avec ses propres règles et coupures acceptées.
Une fragmentation monétaire qui paralysait les échanges
Jean-Claude Masangu Mulongo décrit une situation où chaque région fonctionnait avec des billets différents. Au Katanga, les grosses coupures de nouveaux zaïres étaient utilisées. À l’Ouest, les billets n’étaient acceptés que jusqu’à 50 000 nouveaux zaïres, alors que la coupure de 100 000 circulait déjà. L’Est se limitait, lui aussi, à certaines coupures. Le cas le plus singulier était celui du Kasaï : la province avait rejeté la réforme monétaire du Premier ministre Faustin Birindwa et, pendant cinq ans, avait continué d’utiliser les anciens zaïres au lieu du nouveau zaïre.
Cette fragmentation avait des conséquences concrètes sur la vie économique. Le commerce entre provinces ne pouvait se faire qu’en transportant du cash ou en passant par le dollar. Pour les ménages et les opérateurs économiques, cela signifiait des coûts supplémentaires et des risques liés au transport d’espèces. La monnaie commune devenait une nécessité pour fluidifier les échanges.
La décision clé pour ramener le Kasaï dans le giron national
Pour réunifier l’espace monétaire, la BCC a pris une décision importante : autoriser l’échange des anciens zaïres contre le franc congolais, et pas seulement des nouveaux zaïres. « Ça, c’était très, très important », a souligné l’ancien gouverneur. Cette mesure a permis au Kasaï de rejoindre le système monétaire national sans pénaliser les détenteurs d’anciens billets.
Selon Jean-Claude Masangu Mulongo, cette fragmentation paralysait l’économie. Avec le franc congolais, les provinces ont pu commercer entre elles dans une monnaie commune. « C’était vraiment un grand challenge », a-t-il résumé. L’objectif était de créer un espace économique intégré, où les transactions ne dépendaient plus de la monnaie étrangère ou du transport physique de liquidités.
Anticiper la guerre : la disponibilité immédiate du franc congolais
Le franc congolais est entré en circulation le 30 juin 1998. Quelques semaines plus tard, en août, la guerre éclatait, et une partie du territoire échappait au contrôle de Kinshasa. Comment la nouvelle monnaie a-t-elle survécu ? Par l’anticipation, répond Jean-Claude Masangu, qui reprend une maxime qui lui est chère : « Gouverner, c’est prévoir. »
Avant le lancement officiel, la BCC avait déjà envoyé des stocks de billets dans toutes les provinces, afin que le franc soit disponible partout dès le premier jour. Résultat, selon lui : malgré la guerre, les populations de l’Est ont pu disposer du franc congolais. « C’était une fierté pour eux d’utiliser le franc congolais au lieu d’utiliser le franc burundais, le franc rwandais » ou le shilling ougandais, a-t-il affirmé. Cette disponibilité a permis de maintenir un lien monétaire entre les régions, même en période de conflit.
Le récit de Jean-Claude Masangu Mulongo met en lumière le rôle structurant d’une monnaie nationale dans la cohésion économique d’un pays. La réunification monétaire de 1998 a posé les bases d’un espace commercial commun, malgré les défis sécuritaires qui ont suivi.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
