À Kampene, dans le territoire de Pangi au Maniema, la journée du lundi 5 octobre a été marquée par une paralysie quasi totale des activités commerciales. Boutiques, marchés et commerces sont restés fermés à l’appel de la société civile et des coopératives d’exploitants artisanaux. En cause : l’occupation jugée illicite de plusieurs sites miniers par les entreprises chinoises Femetal Mining et Consortium, accusées d’exploitation illégale et de militarisation des carrés miniers.
Cette mobilisation pose une question centrale : comment concilier l’exploitation industrielle des ressources et la survie économique d’une population qui dépend à 90 % de l’exploitation minière artisanale, selon la société civile locale ?
Des permis de recherche détournés en exploitation industrielle
Selon la société civile de Kampene, Femetal Mining et Consortium ne disposeraient que de permis de recherche. Or, ces deux sociétés auraient déjà entamé l’exploitation industrielle des minerais, sans être passées par la phase d’exploitation prévue par la législation minière congolaise. Philémon Oscar, secrétaire-rapporteur de cette structure, dénonce ce qu’il considère comme une violation de la loi. « La loi de notre pays est sabotée par des étrangers qui ne viennent que piller nos ressources », explique-t-il.
Cette situation soulève des interrogations sur le respect du cadre légal et la capacité des institutions à faire respecter les procédures. Pour les forces vives locales, le contournement des étapes réglementaires n’est pas un simple détail administratif : il prive l’État de son rôle de régulateur et expose les communautés à des pratiques prédatrices.
Une militarisation qui accentue les tensions
Les accusations ne s’arrêtent pas à l’exploitation illégale. Les forces vives locales reprochent également aux deux entreprises de mener des activités durant la nuit sous la protection de militaires lourdement armés. Cette présence armée, perçue comme une intimidation, aggrave le climat de défiance entre les compagnies et les exploitants artisanaux.
Pour une grande partie de la population de Kampene, l’exploitation minière artisanale constitue le principal moyen de subsistance. L’occupation des sites par des industriels, avec l’appui de forces armées, priverait la majorité des habitants de leurs ressources quotidiennes. « 90 % de la population exploite artisanalement les minerais dans ces sites actuellement occupés », précise Philémon Oscar.
Une médiation attendue pour apaiser la crise
Face à l’escalade des tensions, le ministre provincial des Mines du Maniema s’est engagé à organiser une réunion de concertation. Celle-ci devrait réunir les riverains, les coopératives artisanales et les dirigeants des deux compagnies minières afin de dégager des solutions concertées.
Cette promesse de médiation est un premier pas, mais elle devra répondre à une exigence de transparence et de respect des droits des communautés locales. Un mémorandum demandant la suspension immédiate des activités de Femetal Mining et Consortium a d’ailleurs été transmis au chef de la chefferie des Babene, à l’attention des autorités compétentes.
La crise de Kampene illustre les défis récurrents du secteur minier congolais : la coexistence difficile entre exploitation industrielle et artisanale, la faiblesse du contrôle étatique et les risques de dérives sécuritaires. L’issue de la concertation annoncée sera scrutée de près par une population qui attend des réponses concrètes pour préserver ses moyens de survie.
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Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
