La préservation des rites initiatiques Tshokwe soulève une question centrale : comment une communauté disséminée sur plusieurs pays d’Afrique australe maintient-elle la transmission de son identité culturelle et spirituelle ? Pour ce peuple dirigé par un roi unique, Mwene Mwatshisenge, les institutions du Mukanda et du Chiwila ne sont pas de simples traditions, mais des piliers de cohésion sociale et de responsabilité collective.
Un pouvoir coutumier transfrontalier sous tension
Le Prince Lambert Kandala, Président de la Mutuelle Tshokwe, rappelle que « les Tshokwe ont un seul roi, c’est Mwatshisenge ». Ce dernier, originaire d’Angola, se serait installé au Congo après des menaces répétées. « Il vivait en Angola. Mais comme il était têtu, les Angolais l’ont beaucoup menacé. C’est ainsi qu’il a préféré venir au Congo. Mais il y a une jeune famille en Angola Mwene Mwatshisenge wa Tembo », précise-t-il. Cette situation illustre la complexité d’un pouvoir coutumier qui transcende les frontières étatiques, avec des implications directes pour la reconnaissance et la légitimité des autorités traditionnelles.
Mukanda et Chiwila : former des citoyens responsables
Chez les Tshokwe, l’initiation n’est pas facultative. Le Mukanda, pour les garçons, commence par la circoncision, pratiquée entre 17 et 19 ans selon le Prince Kandala. « Après la circoncision, on forfait des hommes capables de vivre dans la société et de savoir tenir un foyer », explique-t-il. Les non-initiés, appelés Chilima, sont déconsidérés. Pour les filles, le Chiwila intervient dès les premières menstruations et enseigne la tenue d’un foyer, la pêche, les chants et les danses. La femme initiée, appelée « Na Chifa », assure la cuisine et la logistique. Ces rites forgent une responsabilité sociale qui dépasse la sphère privée.
Les masques initiatiques : une communication avec l’invisible
Les masques Tshokwe ne sont pas de simples objets d’art. Les masques de réjouissance comme Mwana Pwo ou Cihongo portent une symbolique culturelle, mais les masques initiatiques, tels que Cikungu, Cikunza ou Akishi wa Mukanda, incarnent le sacré et permettent une communication directe avec les ancêtres et les esprits. « Après chaque initiation, tous ces masques disparaissent, ensuite on les enterre », indique le Prince Lambert Kandala. Cette pratique souligne le caractère éphémère et sacré de ces objets, loin de toute logique de patrimonialisation muséale.
Une ouverture internationale maîtrisée
En 2022, un Mukanda international a été organisé au Musée royal d’Afrique centrale de Tervuren, en Belgique, par le roi Mwene Mwatshisenge. Quelques Belges y ont été initiés, symbole de l’amitié prônée par le peuple Tshokwe. Cet événement pose la question de l’adaptation des rites à un contexte globalisé, tout en préservant leur intégrité. La transmission reste un enjeu de pouvoir et de mémoire, où chaque génération doit trouver l’équilibre entre ouverture et préservation.
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Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Eventsrdc
