L’Assemblée nationale s’apprête à examiner en seconde lecture la proposition de loi portant organisation du référendum, dans un climat de vive tension politique. L’opposition parlementaire a annoncé qu’elle boycotterait les travaux, tant en commission qu’en plénière, dénonçant des dispositions qui ouvriraient la voie à une révision constitutionnelle. Cette décision, loin d’être anodine, interroge sur la légitimité d’un processus législatif mené sans la participation d’une partie significative de la représentation nationale.
Un boycott assumé face à un texte jugé anticonstitutionnel
Le député national Christian Mwando, président du groupe parlementaire Ensemble, a clairement exprimé la position de l’opposition. Selon lui, le renvoi du texte par la Cour constitutionnelle était un signal fort : « Lorsque la loi a été renvoyée, nous avons cru que c’était une manière polie pour la Cour constitutionnelle de dire que cette loi était anticonstitutionnelle, avec 13 points fondamentaux à revoir. » Il estime que la majorité s’entête à corriger une loi qu’il qualifie d’illégale et d’anticonstitutionnelle, et annonce : « nous n’assisterons pas aux travaux, ni en plénière, ni en commission ».
Pour Christian Mwando, ce passage en force aura des conséquences durables sur la démocratie congolaise. Il met en garde : « Sur le plan de la démocratie, c’est une très mauvaise image. Cela va rester dans les annales de l’histoire parlementaire de notre pays qu’une loi majeure a été votée sans la participation de l’Opposition. » Il regrette également que le gel de cette loi n’ait pas été envisagé comme mesure d’apaisement pour favoriser un dialogue inclusif, et craint que ce choix n’exacerbe les tensions et ne complique la tenue d’un tel dialogue. Il insiste sur la nécessité que le projet renonce à donner des attributions pour modifier l’article 220 de la Constitution.
La majorité dénonce un refus de consulter le peuple
Face à ce boycott, le camp présidentiel réagit avec fermeté. Le député national Paul Gaspard Ngondakoy regrette une attitude qu’il juge contraire aux principes républicains. Il rappelle que la loi avait été examinée en commission PAJ avec la participation de l’opposition, et s’étonne de ce revirement : « Je trouve cela étonnant parce que l’opposition républicaine, par principe respectueuse des institutions, ne devrait pas se dérober à l’obligation que la Cour constitutionnelle nous a faite d’intégrer les réserves qu’elle a émises. »
Pour Paul Gaspard Ngondakoy, le boycott de l’opposition est une preuve par l’absurde de son refus de donner la parole au peuple. Il affirme : « C’est la preuve par l’absurde que l’opposition ne veut pas donner la parole au peuple, qui seul est souverain et peut se prononcer sur toutes les matières, y compris la Constitution. » Il considère que le maintien de la tension politique relève d’une volonté délibérée de certains, et lance un défi à l’opposition : examiner sa position actuelle d’ici cinq à dix ans. Malgré l’absence annoncée de l’opposition, les travaux d’examen du texte devraient se poursuivre à l’Assemblée nationale.
Quel avenir pour le dialogue politique ?
Ce bras de fer autour de la loi référendaire illustre la profondeur des divisions politiques en République démocratique du Congo. D’un côté, l’opposition craint qu’une révision constitutionnelle ne soit imposée sans consensus national, au mépris des équilibres institutionnels. De l’autre, la majorité estime que le processus parlementaire doit suivre son cours, conformément aux injonctions de la Cour constitutionnelle. La question centrale demeure celle de la légitimité d’une décision prise sans la participation de l’opposition, dans un contexte où le dialogue politique est déjà fragile.
Les citoyens congolais, eux, observent cette confrontation avec inquiétude. La possibilité d’un référendum sur des questions constitutionnelles touche directement à l’avenir des institutions et à la stabilité du pays. Si le texte est adopté sans l’opposition, il risque de laisser des traces profondes dans la vie politique nationale, comme le souligne Christian Mwando. À l’inverse, un blocage prolongé pourrait retarder des réformes attendues. L’issue de cet examen en seconde lecture sera donc déterminante pour la suite du processus politique congolais.
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Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
