Le crash d’un aéronef survenu vendredi 25 septembre à Kenge, dans la province du Kwango, a fait 17 morts selon les autorités provinciales. Parmi les victimes figurent le lieutenant-général Mutombo Katalayi Tiende Joseph, premier président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Likulia Bakumi Lucien René, auditeur général des FARDC. Le président Félix Tshisekedi a exprimé sa consternation et instruit l’ouverture d’une enquête pour établir les circonstances exactes de l’accident. Face à ce drame, les autorités ont décrété trois jours de deuil national et la mise en berne des drapeaux.
Une décision qui relance le débat sur les critères du deuil national
Cette décision ravive une question récurrente : selon quels critères un drame devient-il suffisamment grave pour justifier un deuil national en République démocratique du Congo ? La Constitution congolaise ne fixe pas de barème déterminant automatiquement le déclenchement d’un deuil national : nombre minimal de morts, type de catastrophe, statut des victimes ou circonstances particulières. La pratique institutionnelle montre que les décisions peuvent varier. En décembre 2022, après les massacres de Kishishe, le président de la République avait chargé le gouvernement de décréter trois jours de deuil national et de mettre les drapeaux en berne sur tout le territoire. Autrement dit, le deuil national relève d’une décision politique et institutionnelle prise au cas par cas, et non de l’application automatique d’un seuil légal.
Des drames collectifs aux traitements inégaux
La question ne porte pas sur la gravité du crash de Kenge. La mort de 17 personnes constitue incontestablement une tragédie. Elle porte plutôt sur le traitement réservé aux autres drames collectifs qui endeuillent régulièrement le pays. La RDC connaît depuis plusieurs mois une succession de catastrophes : massacres et violences armées dans l’Est, naufrages meurtriers sur les lacs et les rivières, éboulements, glissements de terrain, incendies urbains et autres accidents collectifs. À titre d’exemple, les naufrages se succèdent sur les cours d’eau congolais. En juillet 2026, les médias rapportaient qu’une embarcation ayant coulé à la jonction des rivières Kasaï et Sankuru avait fait une vingtaine de morts et plus d’une centaine de disparus. Quelques semaines auparavant, un autre naufrage sur l’Aruwimi, dans la Tshopo, avait fait état de plus de 60 personnes portées disparues.
Le statut des victimes, un facteur déterminant ?
Le crash de Kenge présente une particularité : parmi les victimes figurent deux très hauts responsables de la justice militaire congolaise. Le président de la République, en sa qualité de commandant suprême des FARDC, leur a personnellement rendu hommage. Cette dimension institutionnelle peut expliquer, pour certains, la portée nationale donnée à l’événement. Mais elle ouvre aussi une autre interrogation : le décès de hauts responsables de l’État doit-il conduire à une reconnaissance nationale différente de celle accordée aux victimes anonymes d’un naufrage, d’un incendie, d’un éboulement ou d’une attaque armée ? Il appartient aux autorités de répondre à cette question, non pas pour minimiser le drame de Kenge, mais pour éviter que le choix des événements donnant lieu à un deuil national soit perçu comme une hiérarchisation des vies humaines.
Vers une clarification des critères ?
Le débat pourrait ainsi conduire les pouvoirs publics à clarifier les critères qui président à la déclaration d’un deuil national : nombre de victimes, caractère exceptionnel du drame, impact national, nature de l’événement, fonction des victimes ou combinaison de plusieurs facteurs. En l’absence de critères clairement communiqués, chaque nouvelle décision risque de relancer la même interrogation : pourquoi aujourd’hui, et pourquoi pas hier ?
A lire aussi : Dialogue national : l'ARDEV apporte son soutien à l'initiative de Félix Tshisekedi ; Dialogue national : la C64 rejette l'initiative de Tshisekedi
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
