Le dialogue national convoqué par Félix Tshisekedi suscite de vives réserves dans l’opposition. Lors d’un échange public mardi 15 septembre, Delly Sesanga, président du parti Envol, a détaillé les conditions posées par son camp pour envisager une participation. Face au sénateur de la majorité Christophe Lutundula, il a dénoncé un format qu’il juge verrouillé d’avance et un manque de confiance envers le pouvoir.
Une méfiance enracinée dans l’histoire récente
Pour illustrer sa position, Delly Sesanga a recouru à une image tirée de la tradition congolaise. Il a comparé le pouvoir à un membre de la famille qui aurait déjà détourné à deux reprises des cotisations destinées à un deuil. Selon lui, la troisième fois, la famille ne lui ferait plus confiance. Cette comparaison vise à rappeler que les tentatives de dialogue avec Félix Tshisekedi ne datent pas d’aujourd’hui. L’opposant cite notamment la réforme électorale portée par le G13, à laquelle Christophe Lutundula avait lui-même pris part, et qui se serait soldée par un échec.
Des sujets ouverts et des interdits non négociables
Sur le fond, Delly Sesanga a établi une ligne de démarcation claire. Selon lui, la crise sécuritaire à l’Est, la crise de gouvernance, la crise des institutions et la crise démocratique peuvent légitimement être abordées dans le cadre du dialogue national. En revanche, le troisième mandat et le changement de la Constitution n’en font pas partie. « Ce ne sont pas parce qu’on va au dialogue qu’on peut discuter de tout », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « il y a des interdits. »
Le respect de la Constitution, une obligation première
L’opposant a rappelé que rien, dans la Constitution congolaise, n’oblige le pouvoir à convoquer un dialogue. Il s’agit, selon lui, d’une « solution de sagesse » et non d’une obligation juridique. Mais il a immédiatement nuancé : si le dialogue n’est pas une obligation, le respect de la Constitution, lui, en est une. « Ce qui est une obligation, c’est de respecter la Constitution, de ne pas la toucher, et de ne pas chercher un troisième mandat », a-t-il insisté. Il a résumé sa position en une formule sans ambiguïté : « dialogue ou pas dialogue, pas de changement de Constitution, pas de troisième mandat, et pas de glissement en 2028. »
Un format actuel perçu comme un soliloque
Répondant à Christophe Lutundula, qui avait suggéré que l’opposition pourrait participer à la préparation du dialogue, Delly Sesanga s’est montré sceptique quant à la sincérité de la démarche. Il a estimé que le format actuel du dialogue, y compris sa phase préparatoire, « ressemble plus à un soliloque », le pouvoir se parlant à lui-même, qu’à une réelle volonté d’écoute. Il a également reproché au pouvoir de ne pas respecter la loi de 2007 sur le statut de l’opposition, dont il se revendique l’auteur, et qui appelle selon lui à un « dialogue permanent » entre institutions et société, un principe qu’il juge aujourd’hui bafoué.
Malgré la fermeté de ses propos, Delly Sesanga n’a pas totalement fermé la porte à une participation de l’opposition. Il a affirmé être « preneur » d’un dialogue authentique, où le pouvoir reconnaîtrait l’existence de véritables problèmes et accepterait d’élargir la discussion au-delà de ses propres orientations. Mais il a tenu à préciser que cette participation resterait un choix, non une obligation, contrairement au respect de la Constitution qu’il considère, lui, comme non négociable.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
