La République démocratique du Congo a présenté, lors d’un exercice de redevabilité, les avancées de sa diplomatie régionale. Le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, a mis en avant l’accession du pays à la présidence de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), une position qui, selon Kinshasa, a permis de porter la question de l’agression attribuée au Rwanda et de défendre le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
Cette présentation soulève une question centrale : ces avancées diplomatiques se traduisent-elles par des changements concrets pour les populations de l’Est, confrontées depuis des décennies à l’insécurité et aux déplacements ? Le gouvernement met en avant des mécanismes et des protocoles, mais leur mise en œuvre effective reste à observer.
Une présidence régionale pour peser sur le dossier rwandais
La RDC a également participé à la mise en place du Mécanisme de vérification renforcé (MCVE Plus), prévu dans le cadre des accords de Washington pour assurer le suivi du cessez-le-feu. Ce mécanisme est présenté comme un outil de confiance entre les parties, mais son efficacité dépendra de la volonté politique des États voisins et de la capacité de la CIRGL à imposer des vérifications indépendantes.
Autre avancée citée : la signature et la publication, le 28 juillet 2026, du protocole relatif au désarmement, au cantonnement, au rapatriement ou à la relocalisation des FDLR. Ce texte, attendu de longue date, pourrait contribuer à réduire l’un des principaux prétextes avancés par le Rwanda pour justifier ses interventions en RDC. Toutefois, le gouvernement n’a pas précisé les modalités concrètes de son application ni les garanties de suivi.
Des postes et des engagements financiers pour renforcer l’influence
Sur le plan continental, Kinshasa a obtenu un poste de commissaire à la CEEAC et a engagé des démarches pour la désignation d’un secrétaire exécutif adjoint congolais à la CIRGL. Ces nominations, si elles se confirment, pourraient offrir à la RDC des leviers d’influence dans les instances décisionnelles régionales.
Le ministère a aussi mis en avant l’assainissement des engagements financiers auprès de la SADC, de la CIRGL et de la CEEAC, avec la régularisation des arriérés de contributions. Pour le gouvernement, cette situation doit renforcer la crédibilité du pays et son influence au sein de ces organisations. Reste à savoir si cette régularisation se traduira par un soutien plus actif de ces organisations dans la résolution des crises sécuritaires qui touchent la RDC.
Une stratégie économique adossée aux corridors régionaux
La stratégie gouvernementale s’appuie également sur la position géographique de la RDC et son appartenance à plusieurs espaces économiques, notamment la CEEAC, l’EAC et la SADC. Le gouvernement entend mieux tirer profit des corridors stratégiques, dont le Corridor central, le Corridor Nord et le Corridor de Lobito.
Ces corridors pourraient, à terme, faciliter les échanges et désenclaver certaines provinces. Mais pour les citoyens, l’enjeu est de savoir si ces ambitions diplomatiques et économiques se traduiront par une amélioration tangible de la sécurité, des infrastructures et des opportunités économiques locales. La participation de la RDC aux travaux de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est également mentionnée, sans que des retombées concrètes pour les opérateurs économiques congolais ne soient précisées.
La présentation du ministre Anzuluni dessine une diplomatie active, mais les résultats sur le terrain restent à démontrer. La crédibilité retrouvée auprès des organisations régionales est un préalable, pas une fin en soi. L’attention des Congolais se portera sur la capacité du gouvernement à transformer ces positions et ces protocoles en progrès concrets pour la paix et le développement.
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Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
