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Le recteur Mughanda explique la suspension de l’ESU à Goma et Bukavu

La suspension des activités académiques dans les universités publiques de Goma et Bukavu, décidée par le gouvernement congolais, met en lumière les conséquences concrètes de l’occupation du M23 sur l’enseignement supérieur. Le professeur Muhindo Mughanda, recteur de l’Université de Goma, explique les raisons de cette mesure et ses implications pour les étudiants, les enseignants et les parents.

Une décision justifiée par la situation sécuritaire et économique

Depuis le 20 août, le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire a suspendu les activités dans onze établissements publics de Goma et Bukavu, deux villes sous contrôle de l’AFC/M23. Cette décision fait suite à la nomination par la rébellion de nouveaux comités de gestion, en remplacement de ceux désignés par Kinshasa. Pour le professeur Mughanda, cette mesure est « tout à fait juste » car elle a été prise par l’autorité compétente. Il souligne que l’État détient le monopole de la contrainte et que la ministre a agi face à une intrusion dans son domaine de compétence.

Le recteur insiste sur le contexte économique difficile à Goma : le pouvoir d’achat des parents a fortement diminué, rendant le paiement des frais académiques problématique. De plus, certains enseignants ne se sentent pas en sécurité et d’autres ont été menacés de mort. Dans ces conditions, maintenir les cours aurait été illusoire. La suspension vise donc à protéger l’ensemble du système universitaire.

Le parcours des étudiants au cœur des préoccupations

La question de l’avenir des étudiants est centrale. Le professeur Mughanda rappelle que l’arrêté ministériel prévoit des solutions pour ceux qui étaient en fin de cycle : ils peuvent poursuivre leur parcours dans des établissements reconnus par l’État. Il confirme que des étudiants de l’Université de Goma passent actuellement leurs jurys à Butembo, notamment à l’Université catholique du Graben. Cette possibilité de mobilité académique est essentielle pour éviter une rupture dans les cursus.

Concernant l’homologation des diplômes, le recteur met en garde : le diplôme n’est pas qu’un simple papier, mais le résultat d’un contrôle de scolarité effectué par une commission envoyée par Kinshasa. Si un étudiant obtient des relevés de notes émis par des autorités illégitimes, son parcours risque de ne pas être reconnu. L’enjeu est donc bien plus large que la simple délivrance du diplôme final.

L’absence de système de substitution crédible

Face aux menaces du M23 de recourir à des organisations internationales comme l’East African Community, le professeur Mughanda, enseignant en relations internationales, rappelle que seuls les sujets de droit international peuvent être membres de telles organisations. L’AFC/M23 n’ayant pas ce statut, il ne peut prétendre à une reconnaissance de ses décisions académiques. La seule solution viable, selon lui, est le retrait pur et simple des décisions prises par la rébellion et le dépôt des armes.

Il insiste sur le lien entre la paix et le fonctionnement de l’enseignement supérieur : si les armes sont déposées, les parents retrouveront leur pouvoir d’achat, les enseignants pourront travailler en sécurité et le système universitaire redeviendra solide. C’est un appel à la responsabilité collective pour préserver l’avenir de la jeunesse.

Une résilience éprouvée pendant l’occupation

Avant la suspension, l’Université de Goma a fonctionné pendant près d’un an sous occupation rebelle. Le professeur Mughanda décrit les défis rencontrés : pressions des services de renseignement, ambitions de certains personnels, difficultés logistiques dues à la fermeture des banques et de l’aéroport. Pour y faire face, l’université a mis en place des stratégies de résilience : création d’une banque interne, bourses pour les étudiants, programme de travail contre exemption des frais, et renforcement de l’enseignement à distance.

Ces mesures ont permis de maintenir une certaine continuité, mais la qualité de l’enseignement a souffert, notamment avec le remplacement des professeurs visiteurs par des cours en ligne. Le recteur souligne que la situation était devenue intenable, justifiant la décision de suspension.

En définitive, l’avenir de l’enseignement supérieur à Goma et Bukavu dépend étroitement du retour à la paix. Le professeur Mughanda appelle chacun à œuvrer pour le dépôt des armes, seule condition pour que les étudiants, les enseignants et les parents retrouvent des conditions normales d’apprentissage et de vie.

A lire aussi : Suspension académique à Goma et Bukavu : le gouvernement précise, la jeunesse s'inquiète ; Denis Mukwege alerte sur la fermeture des universités à Goma et Bukavu

Article Ecrit par Amissi G

Source: Actualite.cd

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