La République démocratique du Congo affiche une croissance économique soutenue, portée notamment par le secteur extractif, mais cette dynamique ne se traduit pas encore par une hausse proportionnelle des recettes publiques. Selon une tribune publiée le 8 septembre 2026 par Joe Dumbi Kabangu, le pays doit repenser sa stratégie fiscale pour capter plus efficacement la richesse créée sur son territoire, sans alourdir la charge pesant sur les contribuables existants.
Les données de la Banque mondiale citées dans le texte indiquent que les recettes fiscales de la RDC représentent environ 12,5 % du PIB, contre 16 % en moyenne pour l’Afrique subsaharienne. Les incitations fiscales, comme les exonérations, représenteraient à elles seules un manque à gagner de près de 5 % du PIB. L’auteur estime qu’en restructurant ces avantages et en diversifiant l’économie, le pays pourrait atteindre, voire dépasser, cette moyenne régionale.
Restructurer les avantages fiscaux pour les rendre utiles à l’économie
Joe Dumbi Kabangu propose de considérer chaque avantage fiscal comme une dépense publique. Lorsqu’une entreprise bénéficie d’exonérations, celles-ci devraient générer des investissements, des emplois, un transfert de technologie ou une valeur ajoutée locale. En 2023, le paquet d’avantages fiscaux accordé par l’État atteignait près de 30 % des recettes intérieures, selon la tribune. L’objectif n’est pas de supprimer l’incitation, mais de passer d’une exonération accordée à une exonération économiquement justifiée, avec des objectifs mesurables et une durée déterminée.
La digitalisation comme levier de contrôle et de traçabilité
La digitalisation fiscale est présentée comme un instrument clé. La facture normalisée, déjà lancée, devrait générer 500 milliards de CDF de recettes supplémentaires en 2026, selon les projections de l’administration des finances citées dans le texte. L’auteur plaide pour un croisement des données entre la DGI, la DGDA, la DGRAD, les services des Mines, les Affaires foncières, le RCCM et la Banque centrale. Cela permettrait de détecter automatiquement des incohérences, comme une entreprise qui importe pour plusieurs millions de dollars mais déclare un chiffre d’affaires dérisoire.
Mieux contrôler les frontières et le secteur minier
Les frontières congolaises sont un point stratégique de collecte, car le pays importe beaucoup de biens de consommation et d’équipements. L’auteur suggère d’utiliser des progiciels de gestion intégrée pour rapprocher les données d’importation, de TVA et de déclarations fiscales. Cela permettrait de détecter les sous-évaluations, les classifications tarifaires inadéquates et les abus de régimes préférentiels. Pour le secteur minier, il recommande de créer une capacité spécialisée en fiscalité extractive, réunissant fiscalistes, économistes, ingénieurs miniers et analystes de données, afin de mieux comprendre l’économie réelle des compagnies.
Valoriser les actifs de l’État et formaliser l’économie
L’État congolais est actionnaire dans plusieurs secteurs stratégiques, mais le rendement de ces participations est rarement évalué. Joe Dumbi Kabangu propose de publier chaque année un tableau consolidé du portefeuille public, avec la valeur des participations, les dividendes théoriques et effectivement reçus. Pour les recettes foncières, il suggère de doter chaque propriété d’un identifiant unique et d’un registre numérique, ce qui pourrait financer les services urbains. Enfin, pour l’économie informelle, il imagine un régime simple : une identité fiscale numérique gratuite et une contribution forfaitaire, en échange d’un accès au crédit, aux marchés publics ou à la protection sociale.
La tribune insiste sur la nécessité de lier politique industrielle et politique fiscale. Chaque entreprise supplémentaire est un contribuable supplémentaire, et chaque chaîne de valeur locale crée plusieurs assiettes fiscales. L’auteur conclut que la maximisation des recettes ne doit pas passer par une hausse des taux, mais par l’élargissement de la matière imposable grâce à une économie plus large, diversifiée et en croissance.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
