À Binza-Ozone, dans la commune de Ngaliema à Kinshasa, la mobilité quotidienne est devenue une épreuve pour des milliers d’habitants. Aux heures de pointe, l’insuffisance de la desserte en transports en commun, la hausse des tarifs et la dégradation de la voirie transforment chaque déplacement en un parcours du combattant. Ce lundi 7 septembre, les reporters de Radio Okapi ont constaté de longues files d’attente aux arrêts et sur les axes routiers, symptômes d’un système de transport à bout de souffle.
La situation met en lumière une fracture entre les besoins des citoyens et la réponse des pouvoirs publics. Alors que ce quartier se trouve à proximité des institutions, les habitants décrivent un sentiment d’abandon. « Nous sommes près du président, mais nous vivons comme s’il était loin de nous », confie un riverain. Cette formule résume un paradoxe : la proximité géographique du pouvoir ne se traduit pas par une amélioration des services essentiels.
Une desserte publique absente, des usagers captifs
L’absence de lignes de la société publique Transco est au cœur des difficultés. Les habitants rapportent que, faute d’alternative publique, ils dépendent entièrement des transporteurs privés, dont les pratiques tarifaires sont dictées par la congestion. « Pour aller en ville, nous pouvons passer deux à trois heures sur la route, alors que le trajet prend normalement 30 minutes », témoigne un usager. Cette perte de temps quotidienne pèse sur les travailleurs, les élèves et les étudiants, qui voient leurs journées s’allonger et leur productivité diminuer.
Les transporteurs privés, eux aussi, subissent les embouteillages. Bloqués dans des files interminables, ils affirment que le nombre de leurs rotations journalières chute, ce qui réduit leurs revenus. « À cause des embouteillages, nous sommes obligés d’augmenter le prix du transport », explique un chauffeur. Un autre conducteur précise : « Nous devons nous réveiller dès 3 heures du matin pour espérer rouler plus facilement vers 4 ou 5 heures. » Cette situation crée un cercle vicieux : moins de rotations, des tarifs plus élevés et des usagers toujours plus pénalisés.
Quand les citoyens réparent eux-mêmes la route
Face à ce qu’ils qualifient d’« inaction des autorités » devant le délabrement de la voirie, des riverains ont pris une initiative inédite : exécuter eux-mêmes des travaux de réparation pour maintenir la circulation. « Un tronçon était très abîmé et, comme les travaux tardaient, les habitants ont décidé de le réparer eux-mêmes », rapporte un habitant. Cette action, à la fois pragmatique et symbolique, illustre le degré de désengagement perçu de la part des services publics en charge de l’entretien routier.
Cette auto-organisation citoyenne, si elle témoigne d’une résilience certaine, soulève une question de fond : jusqu’où les populations doivent-elles suppléer aux carences de l’État ? En l’absence de réponse institutionnelle, le risque est de voir se multiplier des initiatives locales non coordonnées, aux résultats incertains et sans garantie de durabilité.
Des demandes précises pour sortir de l’impasse
Pour désengorger le quartier et soulager la population de Ngaliema, les riverains formulent des revendications claires. Ils demandent l’ouverture de nouvelles lignes Transco, la réhabilitation durable des infrastructures routières, le renforcement du réseau ferroviaire urbain et un partenariat structuré entre l’État et les opérateurs privés. Ces propositions dessinent les contours d’une politique de mobilité plus inclusive, capable de réduire la dépendance aux seuls transporteurs privés et de fluidifier les déplacements.
La crise de la mobilité à Binza-Ozone n’est pas un simple problème de circulation. Elle révèle un déficit de planification urbaine et de services publics dans une zone pourtant stratégique de la capitale. Tant que les autorités ne répondront pas aux besoins de transport de masse, les habitants continueront de payer le prix fort, en temps, en argent et en fatigue, pour simplement se déplacer.
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Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
