Le personnel soignant engagé dans la riposte à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo vit un quotidien marqué par la peur de la contamination et le poids des pertes humaines. Martina Marchiò, infirmière de Médecins sans frontières (MSF), livre un témoignage qui met en lumière la réalité des équipes médicales, au-delà des chiffres officiels.
Un cercueil rose comme symbole du coût humain
Dans un récit publié par MSF, Martina Marchiò raconte avoir aperçu un petit cercueil rose au bord d’une route. En RDC, explique-t-elle, des cercueils de toutes tailles et couleurs sont souvent exposés près des axes routiers, prêts à être vendus. Celui-ci, si petit qu’il ressemblait presque à un jouet, l’a profondément marquée. « J’ai pensé que, tôt ou tard, un enfant y serait couché. Ce petit cercueil rose ne me quitte plus depuis », confie-t-elle. Cette image illustre la charge émotionnelle qui pèse sur les soignants confrontés à une épidémie ayant dépassé, selon MSF, les 6 000 cas confirmés et causé plus de 3 000 décès.
Des histoires individuelles derrière les statistiques
L’infirmière insiste sur le risque de réduire ces chiffres à de simples statistiques. Derrière chaque cas se trouvent « un nom », « une maison » et une famille attendant une personne qui ne reviendra pas. Elle évoque notamment Jean Louis, un enseignant de 64 ans. Son épouse est morte la première, puis le virus l’a contaminé ainsi que leurs deux filles. Après plusieurs jours de maladie marqués par la diarrhée, une grande faiblesse et des saignements, Jean Louis a compris qu’il allait mourir. Il a demandé que son téléphone soit rechargé pour mettre ses affaires en ordre et faire ses adieux à ses petites-filles, elles aussi hospitalisées. Il est mort quelques heures plus tard, et sa fille cadette, âgée de 20 ans, est décédée quelques jours après.
Les contraintes physiques et psychologiques des soignants
Chaque intervention en zone à haut risque impose une succession de gestes rigoureux. Les mains sont lavées avant l’entrée, à la sortie, après avoir touché un objet ou parlé à une personne. Sous les combinaisons jaunes de protection, les soignants transpirent abondamment, la chaleur devient étouffante et la respiration difficile. Malgré ces précautions, la crainte demeure qu’une erreur ou un instant de distraction permette au virus de contaminer un membre de l’équipe. « Même lorsque nos mains sont propres, il reste le sentiment d’être encore tachés », écrit Martina Marchiò, évoquant la peur et le poids de ce que les soignants ont vu.
La confiance des communautés, un enjeu central
La maladie bouleverse également les liens familiaux : les malades doivent rester à distance de leurs proches, et certaines conversations téléphoniques deviennent des adieux. Autour des centres de traitement, la vie continue, mais dans des communautés déjà éprouvées par des années de violences et d’instabilité, la peur peut se transformer en méfiance. Convaincre un malade de se rendre dans un centre de traitement, d’accepter son isolement et de recevoir des soins prodigués par une personne entièrement couverte d’une combinaison et d’un masque est parfois difficile. Pour l’infirmière, lutter contre Ebola ne consiste donc pas uniquement à administrer des soins : la riposte doit aussi écouter les communautés, gagner leur confiance et fournir un accompagnement psychologique ainsi qu’une information adaptée.
Au terme de son témoignage, Martina Marchiò dit continuer à se laver les mains, à enfiler ses gants et à transpirer dans sa combinaison, sans jamais se sentir complètement à l’abri. Son esprit revient toujours au petit cercueil rose aperçu au bord de la route. « Je me demande combien d’autres nous verrons. Combien d’enfants. Combien de mères. Combien de pères. Combien de Jean Louis », conclut-elle.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
